Vancouver, W. Street

Je suis encore là, sur le porche de cette maison de la rue W., à Vancouver, à te dire adieu, à t’entendre me dire d’être heureuse, et dans cette chambre inondée de soleil au-dessus de ce même porche, où je regardais la rue que tu venais de quitter et toute empreinte encore de tes pas, il avait neigé et les cristaux brillaient sous le soleil comme de la poussière de diamant; j’étais là, dans cette chambre, et je regardais la rue, je te voyais encore, les yeux écarquillés pourtant je te cherchais, je cherchais, et tu avais déjà passé le coin de la rue, sans doute tu avais marché très vite, tu étais parti et moi je n’y croyais pas, et dans cette chambre où tout était magique parce qu’elle surplombait la rue où tu avais posé les pieds, dans cette chambre je me suis écroulée d’amour et de désespoir et de bonheur d’avoir pu te laisser partir, et c’est là que ma vie s’est arrêtée, dans ce moment de don; j’ai donné ma vie pour que tu vives, j’ai donné mon bonheur pour ne pas te rendre malheureux, et ma vie est restée là, dans cette chambre de la rue W., sur le porche de la maison, dans un dernier adieu qui me fait encore rêver, un moment de bonheur comme celui-là, une joie aussi intense que celle qui vient d’être capable de donner sa vie à un être qu’elle aime, c’est miraculeux et je ne prendrais rien en échange, seulement la reconnaissance d’avoir pu le faire vaut la peine d’une vie qui s’est arrêtée à ce moment; et tu n’aurais pas dû revenir, toi qui disais qu’il ne fallait jamais revenir sur ses pas, toi le romantique, tu as cédé à la tentation de la faiblesse animale, tu es revenu par peur de te tromper, tu es revenu sur tes pas et cette mièvrerie, cette faiblesse, cette lâcheté t’a enlevé l’auréole, t’a ramené à l’état de simple être humain, ta grande aventure admirable n’était qu’un caprice et tu n’étais pas à la hauteur, et tu m’as trahie, tu as fait de mon sacrifice une chose inutile, moi qui étais brisée, je l’avais fait pour rien, tu es revenu sur tes pas et ces pas étaient sacrés, tu n’avais pas le droit de les piétiner, tu as commis un sacrilège; l’idéal était violé, la promesse d’éternité ramenée à l’état de simple bouffonnerie, tu n’étais pas le dieu dont j’avais rêvé, qui m’avait fait rêver et dont je rêve encore.

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