Le voile, les bleus et le travail des enfants

 

Le discours anti-voile actuel qui attaque les femmes sous le couvert du (supposé) féminisme, c’est la même chose qu’attaquer moralement une femme parce qu’elle a des bleus visibles.

«Aaaaaaaaaaaaah, diront certains, mais c’est pas pareil!»

C’est quoi la différence? Les deux souffrent (probablement) de violence de la part des hommes dans leur vie. Elles sont, diraient certains, des emblèmes vivants du patriarcat.

Les deux ont le choix. De dire non à l’oppression. D’éliminer ces marques.

Mais qu’arrive-t-il quand la femme en question ne sait pas encore qu’elle a le choix? Lui dira-t-on pour la confondre encore un peu plus qu’elle n’a pas le droit non plus? Dira-t-on à la femme violentée : «C’est ta faute si tu as des bleus. Tu dois cesser, sinon tu perdras ton emploi»?

Le féminisme présuppose que la femme a autant d’intellect et de droits que l’homme. Donc qu’elle a le choix. Ce n’est ni aux hommes de sa vie de lui dicter son habillement ni ses choix de vie, ni à ses voisines, ni à son employeur, ni surtout à son gouvernement.

Après, si on dit à cette femme pleine de bleus : «Tiens, voici une crème. Tu l’appliques deux fois par jour. Quand tu n’auras plus de bleus, tu pourras venir travailler pour nous.»

Et les bleus disparaissent peu à peu. Et l’oppression continue. Parce le gars contrôlant qu’on imagine avec cette femme, il a vu le tube de crème, il a compris. Et il continue de battre sa femme, sans maintenant laisser de traces.

Par ailleurs, n’oublions pas qu’il y a aussi des femmes qui portent le voile par choix, et non par soumission ignare, comme il y a des femmes qui ont des bleus parce qu’elles font de la boxe ou autre, et non parce qu’elles sont battues par leur mari. C’est plutôt rare. Mais est-ce qu’on peut le savoir sans aborder la question?

Pour citer Victor Teboul :
« Le juriste Julius Grey préconise le maintien de la liberté de porter le voile parce que cela provoque un questionnement direct de cette pratique chez certaines musulmanes. Plutôt que de garder cette pratique cachée, on la soumet à l’expression de différents points de vue qui pourraient conduire à son abandon volontaire. La littérature québécoise y fait d’ailleurs écho avec les Tremblay, Aquin et autres auteurs. Cette critique permet de découvrir des réalités qui autrefois étaient cachées dans le placard.»
(http://www.sceptiques.qc.ca/activites/conferences/mai-2007)

Pour finir, une anecdote pour illustrer le fait que de cacher ou d’éliminer un symptôme social ne règle pas le problème sous-jacent : j’ai travaillé pendant deux ans pour UNICEF. Je m’étonnais à la directrice en poste d’UNICEF Québec que les stratégies pour mettre fin au travail des enfants soient si graduelles et détournées. «Pourquoi ne pas simplement l’interdire, d’un coup?» Et Louise m’a expliqué que dans les sociétés où le travail des enfants est courant, les familles sont souvent incapables de se priver de ce revenu. Qu’il fallait passer par l’éducation. Augmenter graduellement les salaires des adultes, informer les femmes sur leurs droits, ouvrir des écoles à horaire adapté, après les heures de travail, éduquer les gouvernements. Graduellement, la société entière grandit, les enfants n’ont plus besoin de travailler. Mais… si on le fait d’un coup, paf! tout s’écroule, les familles meurent de faim.

On n’aime pas le voile et ce qu’il représente. Bon. Après, faut pas taper sur la victime.

 

 

 

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