Blanchi le peuple/Speak White

Une ébauche. Trop d’idées. Trop de volonté à vouloir métrer. Mais le cri brut.

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Blanchi le peuple/Speak White

Regarde, moi, je suis blanchie, j’ai tous les droits.
Je sais parler en complaisance de mes malheurs.
Je viens d’un peuple petit mais dur, mais envahi, oui
Et qui défend son privilège comme une pitance.

On dit que la souffrance se transmet par l’exemple.

Quand nos grand-mères allaient shopper on leur disait
Sans un soupçon d’hypocrisie, « Speak White, my dear ».
Comprenez-vous ce qu’on voulait par cette parole?
Qu’elles étaient moindres, sans importance, de s’adapter.

« On s’adapte, nous, quand on voyage! », me direz-vous.
Et vos grand-mères, vous en faites quoi? Vous leur volez
Leur dignité, leurs grandes batailles, leur rédemption
Quand vous foulez au pied des lettres ces étrangers.

Vous dites pareil : « Parle donc français! Ôte donc ton voile! »
Comme si prier était encore bien méprisable
Si c’est un dieu qui n’est pas nôtre et qui entend
Que tous prétendent, trop bien-pensants, à la victoire.

Le plus souvent, les plus haineux étaient victimes :
Des immigrants s’opposent aux droits des réfugiés,
Des femmes battues méprisent leurs sœurs qui ne quittent pas
Et nos grand-mères sans hésiter haïssent les voiles.

Que ce carcan nous quitte un jour, je nous le souhaite.
Tendons la main, enfin, soyons, ensemble et sœurs.
Y a-t-il moyen qu’un jour cette terre nous appartienne
Et que le poids de la souffrance nous abandonne?

Suffit d’un geste, d’un choix, parfois, d’une espérance.

Mais…

Comment peut-on dire « tolérance » quand on rouspète
Aux moindres bruits et différences byzantines
Qu’on ne mesure qu’à l’aune sacrée de notre laine?
Laissez-moi rire, c’est d’une pitié si complaisante!

Mais je divague, c’est la colère de nos enfances
Qui remonte là, car j’ai porté, comme vous, comme toi,
La charge impie de la morale qui prend le bord.
Nous en sommes tous à réparer le trop tranquille.

Car pensez-y, à cette tranquille révolution
Qui nous laisse responsables de notre voix
Et c’est seulement nos agissements qui définissent
Notre parler d’amour, enfin, gens du pays…

Regardez-nous, si blancs, porteurs de tous les droits…
Saurons-nous taire ce grand honneur, sans complaisance,
Venir d’un peuple petit mais beau, et grandissant?
Ce privilège, ce bouclier, partageons-le!

Années cinquante – c’est toi qui dis à la vendeuse :
« Je parlerai aujourd’hui même comme bon me semble
Dans ton mépris rien ne me touche, je te pardonne
Car mes enfants doivent être heureux, ne t’en déplaise. »

C’est toi qui peux, par ta bravoure, dire haut et fort
Cette chanson de nos amours enfin matures :
« Nous sommes les mêmes! » et rien ne peut nous opposer
Pas même un voile, pas même la langue, pas même ta haine.

Ta pitance, garde-la, j’irai chercher dans mon quartier
La manne de l’âme, le pauvre cœur sans amitié
Pour mieux comprendre la vie et taire les voix faussées
De pénurie, d’ancêtres aigris, et puis d’envie.

« Speak White! », le cri de ralliement qui retentit
Aux salles fermées des entreprises manichéennes
Séduction-propagande à travers nos écrans
Nous sommes plus forts, nous sommes poètes, je me souviens…

… mais de quoi?

De ces jours où j’ai ri avec ma belle voisine;
– Y avait-il voile? Je ne sais pas, j’ai oublié –
De ces moments desquels on voit les différences
Comme des défis, pas à combattre, mais à chanter

Ensemble

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