Les nachos au féminin

Be_a_man

 

À mes amis de gars.

Je vous aime fort, fort.

Puis quand on parle de féminisme, des écarts entre les privilèges des femmes et des hommes et de la nécessité de l’égalité des droits, je m’adresse à tout le monde. À tout le monde avec le même discours.

Je ne te critique pas. Toi, oui, toi. On parle en général.

Et que penses-tu qui arrive quand tu ramènes le discours à toi, ton opinion, tes vertus, ton jugement et les petits points qui te dérangent dans le féminisme?

Le discours revient sur toi, sur l’homme, et, mais, s’cuse, c’était pas de toi qu’on parlait.

C’est pas une critique, c’est pas de l’hystérie, mais, bon, si tu parles de ta dernière recette de nachos, je vais pas te parler de harcèlement de rue, hein? Bon bien, fais donc pareil. Essaie de voir de quoi on parle, et que peut-être que l’interlocuteur principal, pour une fois, et le sujet principal, exceptionnellement, n’est pas toi, le gars.

Là, tu te sens visé. Et tu as raison. Je t’aime fort. C’est pour ça que je veux t’expliquer, parce que je sais que dans le fond, tu veux comprendre pourquoi je suis fru après toi, des fois.

Le fait est que le féminisme, c’est pour les femmes, pas contre les hommes. Il y a des femmes qui n’aiment pas le féminisme. Il y a des hommes qui sont féministes. Il y a des hommes qui ne respectent pas les femmes, même s’ils disent aimer le féminisme. Je le sais, j’ai un ex comme ça. Le féminisme, ça parle d’égalité et d’humanisation, pour dire que les femmes sont des êtres humains à part entière. Tu t’exclames «Mais bien sûr»! et je te remercie. Mais dans les faits, les femmes sont souvent traitées comme des objets sexuels ou commerciaux – dans les médias, dans les conversations, sur le trottoir, dans les mariages forcés, dans les foyers – et c’est pour ça que le féminisme, ça compte encore et toujours.

Pour faire un parallèle, si tu embarques dans une discussion sur l’accès aux endroits publics avec des amis handicapés, vas-tu mettre en doute avec eux le principe d’égalité? Vas-tu débattre de la validité de leurs revendications? Vas-tu parler de toi et de l’importance de ta personne sans handicap? Sûrement pas, moi non plus. Ce serait déplacé. Je ne suis pas à leur place et mon opinion n’est pas pertinente. Je peux essayer de comprendre, ajouter des idées même, mais je n’ai pas voix au chapitre sur la valeur de ce qui se dit.

Puis si tu parles des nachos (ou d’une autre chose qui te tient à cœur) et que j’interviens en disant que ça m’énerve, qu’on en parle trop, et que ça m’atteint dans ma condition de personne qui n’aime pas les nachos, si je te demande de m’expliquer en long et en large pourquoi tu devrais avoir le droit d’être amateur de nachos, simplement pour pouvoir te contredire, tu vas trouver ça bizarre, non? C’est un peu ce qui m’arrive quand nos discussions sur le féminisme sont ramenées à toi, en tant que gars.

J’espère que t’es pas fru et que tu comprends un peu mieux.

Passe les nachos, on va jaser.

 

Ton amie féministe

 

 

Graphisme www.beaman.se

 

 

 

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