La reconstruction

 

Ce texte est dédié à tous ces adultes Asperger qui se découvrent sur le tard – au moment du diagnostic, tout change, tout est défait et enfin compris, et tout doit être reconstruit avec ces éléments que l’on croyait connaître, mais que l’on a enfin appris à décoder.

Quand on passe sa vie à compenser les écarts que l’autisme nous impose par rapport au reste de la société, puis qu’on découvre sa nature, tout notre univers s’allège. De la culpabilité inexplicable et du ressentiment mêlé de confusion se dégagent le pardon de soi et des autres, de la colère et des larmes, bref, on fait le ménage et on se recompose.

Ce changement de paradigme est si puissant et significatif que même si on ne ressent aucun malaise à s’identifier en tant qu’autiste, les montagnes russes de la reconstruction sont difficiles à gérer. Si, en plus, on n’a pas encore réussi à faire la paix avec l’autisme, s’en mêlent des doutes sur l’identité et l’estime de soi.

C’est dur. C’est bien et positif parce qu’on voit enfin clair, mais c’est dur.

C’est sans compter la potentielle absence de soutien, voire même de confiance de la part de nos proches. Combien d’entre nous reçoivent des critiques, du déni, voire des accusations de la part des membres de notre famille? Alors que d’une perspective intérieure, on sait bien que tout a changé, que rien ne sera plus jamais pareil, vu de l’extérieur, on demeure en apparence la même personne, quoique sans doute un peu plus expressive ou agitée, ou plus calme selon le moment, à mesure que le besoin d’expression de soi s’ajoute à la compréhension intérieure, et qu’on gagne en confiance.

Comment faire comprendre à ceux qui nous entourent que nous avons changé radicalement notre cadre cognitif? Nous demeurons la même personne, mais notre relation au monde change du tout au tout. S’il y a un moment où le soutien des proches est important, c’est bien celui-là. Mais trop souvent, on reçoit des «Mais qu’est-ce qui te prend?» et des «Oh, pas encore!» qui nous remettent à notre place d’être impuissant, de cette personne encore plus désemparée qui était la nôtre avant cette connaissance révélatrice.

De même pour les relations avec de nouvelles connaissances, les amis et les collègues. Nous ne pouvons plus voir les éléments des échanges humains comme avant. Ce qu’on avait construit comme structure pour avancer se révèle en tant qu’échafaudage. Du coup, il n’est plus utile, du coup il nous manque. Ce que nous croyions savoir de notre manière d’évoluer en société s’effrite, et nous devons reconstruire notre façon d’être avec les autres. Certaines relations qui nous semblaient solides se révèlent superficielles, alors que d’autres qui pouvaient nous sembler peu significatives deviennent précieuses parce que simples et vraies, ou autrement intéressantes.

J’aimerais pouvoir vous conseiller. Ça viendra peut-être plus tard. Pour l’instant, j’en suis à démêler ces toiles d’araignée relationnelles qui remettent difficilement leur emprise sur nos échanges.

Mais ça va aller.

 

 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s