La dichotomie Asperger/autiste

Je fais partie d’un admirable mouvement d’autistes fondé au Québec, qui s’appelle Aut’Créatifs. Je vous mets le lien ici : autcreatifs.com.

Antoine Ouellette, cofondateur du mouvement, vient de publier une mise au point sur l’absence de dichotomie, au sein du mouvement, entre les autistes Asperger et les autres. Il en a profité pour souligner l’invitation lancée à *tous* les autistes francophones qui sont d’accord avec notre manifeste de se joindre au mouvement. Tous les autistes – peu importe leur «type».

Pourquoi cette mise au point était-elle nécessaire? C’est malheureusement à cause de la division des autistes en deux camps. Car il y a bel et bien un clivage, dans le monde de l’autisme, entre les bavards et les autres, les Asperger et les Kanner, les autistes «de haut niveau et de bas niveau de fonctionnement», ceux qui ont les moyens de fonctionner en société, et les autres, qu’on condamne à l’inutilité d’un trait de stylo ou d’un épithète, ou encore en leur donnant comme seul objectif possible une intégration réussie. Pardonnez-moi, il faut que j’aille vomir un peu…

Ces deux camps, ce ne sont pas que les professionnels qui les imposent – en particulier les membres d’un cabinet de psychologie du Québec, bien connu dans le domaine du syndrome d’Asperger, qui corrigent leurs patients quand ils osent se désigner autistes. Suivant ces influences, certaines personnes vont se vanter d’être «Asperger, pas autiste», comme si l’un était prestigieux, et l’autre honteux. Bon, j’ai encore mal au cœur.

La dichotomie imposée entre autistes Asperger et autistes tout court, à mon sens, est entièrement artificielle. Combien d’autistes diagnostiqués Asperger à l’âge adulte ne parlaient pas quand ils étaient enfants? Combien avaient une dyspraxie tellement marquée qu’ils étaient exclus du cheminement scolaire standard? Combien ont été entravés dans leur enfance par un diagnostic de déficience intellectuelle?

Même à l’âge adulte, cette séparation artificielle entre Asperger et autistes est arbitraire. Les témoignages sont nombreux – les stéréotypies, sensibilités sensorielles et difficultés motrices et de communication, entre autres particularités, sont réparties de façon aléatoire. À voir : le nombre de discussions en ligne et en personne, où des autistes de tout acabit, diagnostiqués ou non, tentent de déchiffrer les «traits», les «symptômes» et de les caser d’un côté ou de l’autre de cette frontière illusoire.

Quand j’ai reçu mon diagnostic, on m’a dite Asperger. J’ai levé un sourcil. Je me reconnais bien davantage dans les écrits d’Amy Sequenzia et autres autistes mutiques que dans les descriptions stéréotypées d’un Tony Attwood. J’ai dû quitter un groupe d’entraide organisé par une psychologue spécialisée dans le syndrome d’Asperger, parce que les stéréotypes qu’on tentait de me faire avaler me donnaient la nausée.

Où est la frontière? Seulement dans les théories approximatives des apprentis que sont encore aujourd’hui les professionnels de l’autisme, car le domaine est encore un champ largement inexploré. Pionniers, certes. Experts… non. Les experts, ce sont nous, je crois.

Il y a autant d’autismes que d’autistes, chacun unique, chacun en droit de se définir en tant que personne à part entière, hors étiquettes et hors classement.

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2 thoughts on “La dichotomie Asperger/autiste

  1. Bonjour, je suis complètement d’accord avec vous. Je suis la maman d’ugo, 11 ans, autiste de haut niveau diagnostiqué à 9 ans et demi. Depuis, je me forme en lisant beaucoup, mais aussi en participant régulièrement à des formations où je rencontre des parents d’enfants autistes non verbaux. Malheureusement, je sens bien que je ne suis pas bien acceptée… Je comprends que ce que vivent ces parents est vraiment difficile, car je mesure la chance que j’ai de pouvoir communiquer facilement avec Ugo, mais je souffre de cette situation, car, comme je l’explique dans mon blog, j’ai “le cul entre deux chaises”. Ugo n’est pas assez normal pour que j’appartienne à la communauté de parents ordinaires, mais pas assez “autiste” pour partager mes difficultés avec les parents d’enfants avec autisme… Pourtant, ces difficultés sont les mêmes pour beaucoup de choses même s’il existe des différences. Le handicap invisible pose d’autres difficultés par exemple. Nous devons rester soudés.

    • Je suis 100 % d’accord avec vous ,cette situation doit etre vraiment difficile. : )
      Je vis a peu près la même situation : j’ai été diagnostiquée HP à6 ans puis ensuite handicapée physique et enfin autiste HN ,je suis probablement unique .
      Pour revenir aux etiquettes : c’est rassurant d’appartenir a un groupe après ce n’est pas une raison pour exclure les autres .
      Si on reste soudés on arrivera à faire changer le point vue des gens non concernés par la différence (j’inclus dans les concernés l’entourage ,le corps medical,d’educateurs etc.)
      Bonne journée

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