Ce que j’ai à dire est important

Ce que j’ai à dire est important, même quand c’est des niaiseries.

Ce que j’ai à dire est important, même quand c’est des niaiseries.

Ce que j’ai à dire est important, même quand c’est des niaiseries.

Ce que j’ai à dire est important, même quand c’est des niaiseries.

Ce que j’ai à dire est important, même quand c’est des niaiseries.

Ce que j’ai à dire est important, même quand c’est des niaiseries.

Ce que j’ai à dire est important, même quand c’est des niaiseries.

Ce que j’ai à dire est important, même quand je m’exprime mal.

Ce que j’ai à dire est important, même quand ça ne convient pas à la situation.

Ce que j’ai à dire est important, même quand ça dérange.

Ce que j’ai à dire est important, même quand ça fait plaisir. Ça aussi.

Ce que j’ai à dire est important.

Pour de nombreux enfants qui ont des problèmes de communication (y compris la plupart des autistes), la première partie de la vie se passe souvent à se faire dire, soit en mots, soit en actions, que ce que nous avons à exprimer n’est pas important ou dérange. Ce peut être l’enfant non verbal qui, sans pouvoir utiliser des mots, exprime par son comportement sa frustration ou sa joie. Ce peut être l’enfant qui parle, mais dont le langage est maladroit ou carrément à côté de la plaque, ou qui utilise des phrases ou des comportements appris à la télévision, à l’école ou à la maison et qui ne correspondent pas toujours bien à ce qu’il veut exprimer.

Le plus souvent, la personne autiste ne sait pas que sa communication n’est pas comprise. Alors quand des réactions d’impatience ou de rejet se produisent, l’enfant croit qu’on rejette ce qu’il ou elle exprime. L’enfant apprend à croire que ce qu’il ou elle communique n’est pas important. Que lui ou elle n’est pas important(e). Qu’il ou elle dérange.

On a la motivation, enfant, de savoir qu’on peut compter sur ses parents. C’est instinctif. C’est une question de survie.

Alors l’enfant qui se fait rabrouer, qui reçoit comme message qu’il ou elle exprime des choses qui ne sont pas importantes, se concentrera sur les choses qui semblent importantes à ses parents (ou à ses enseignants ou thérapeutes). On appelle ça le conditionnement. Il en résulte que l’enfant croit que ses besoins et ses émotions ne comptent pas, que seuls les besoins des adultes qui s’occupent de lui ou elle sont importants.

Je l’ai subi, ce conditionnement. Ça m’a pris une quarantaine d’années à comprendre que ce que je dis est important. C’est important, parce que je prends la peine de l’exprimer, et parce que je suis importante.

Enfant, je parlais. Je suppose que je ne communiquais pas comme tout le monde. Je dis «je suppose» parce que mes souvenirs sont vagues et que personne ne m’a jamais expliqué que je communiquais mal. Est-ce qu’on jugeait mon caractère selon mon mode de communication? C’est ce que je suppose aussi.

Je me souviens de quelques bribes seulement. Toute jeune encore, voyage dans le temps…

J’avais mal à la jambe. Je boitais et je grimaçais comme les personnages de dessins animés et de bandes dessinées qui étaient mes passions et m’apprenaient les interactions sociales. Ma famille riait de moi. Des années plus tard, ma mère racontait en riant : «Je l’ai suivie pour voir si elle continuait sa comédie après avoir tourné le coin de la maison. Et oui, elle continuait! Elle se croyait elle-même!»
(J’avais mal. J’avais besoin de soins et de réconfort. Ce que j’avais à exprimer était important, même si je le communiquais comme un personnage de dessin animé.)

En rentrant à la maison avec ma mère un après-midi, j’ai glissé et je suis tombée par terre sur la glace dure. J’ai perdu le souffle pour la première fois de ma vie. Alors que j’étais encore par terre, mutique, et que j’avais très peur, ma mère s’est retournée, impatiente, pour me dire de me lever et d’arrêter ma comédie.
(J’avais mal et j’avais eu le souffle coupé, chose que je ne connaissais pas et que je ne pouvais pas expliquer. J’avais peur. J’avais besoin de réconfort et d’un peu de temps pour comprendre et récupérer. Ce que j’exprimais était important.)

À une question que je lui posais, ma mère ne répondait pas. Je lui ai demandé pourquoi. Elle m’a répondu : «Si tu poses des questions idiotes, tu ne mérites pas de réponse.»
(Je me souviens d’avoir reçu cet énoncé comme un coup de poing au ventre. J’ai perdu le souffle. Ma question était importante à mes yeux, j’exprimais mon désir de comprendre.)

Avec ces quelques exemples, ma mère va vous sembler bien méchante. Mais je ne crois pas qu’elle était particulièrement cruelle. Elle disait ce qui lui venait. Et elle ne comprenait pas que ma communication qui imitait la comédie avait quand même du contenu important, que mes questions à répétition étaient une façon de solidifier ma compréhension du monde et de me réconforter, et que j’avais besoin de temps pour comprendre la communication et gérer ma réalité.

Je suis bien contente que l’autisme soit mieux connu, que les parents et les professionnels de la santé puissent le repérer.

Cependant, la plupart du temps, on se concentre sur les comportements pour les normaliser. Parfois c’est important, quand l’enfant se fait du mal, fait du mal aux autres ou se met en danger. Mais il faut faire la différence entre un comportement mal intentionné et une tentative de communication. Et si on ne prend pas la peine de comprendre, on met tout dans le même panier et on censure. L’enfant ne comprend pas pourquoi on ne l’écoute pas. Il ne sait pas nécessairement que les autres ne comprennent pas ce qu’il ou elle tente d’exprimer. Tout ce qu’il ou elle reçoit comme message, c’est que ce qu’il ou elle a à exprimer n’est pas important. Que lui, ou elle, n’est pas une personne importante. Que ses comportements sont problématiques, que lui ou elle est problématique.

Qu’est-ce que vous diriez si votre conjoint vous ignorait ou vous imposait des mesures disciplinaires parce que vous parlez trop ou incorrectement, alors que vous tentez d’exprimer ce qui est important pour fonctionner et vous exprimer? Ce serait injuste, n’est-ce pas? C’est le sentiment qui vient au cœur d’un enfant qui ne se sent pas accueilli dans sa communication.

Parents, intervenants, je vous en supplie : concentrez-vous sur la communication. Ce que l’enfant tente d’exprimer est important, même quand c’est des niaiseries, ou que ça en a l’air, même quand c’est négatif. Un mode de communication hors norme peut donner une mauvaise impression. Ne laissez pas votre jugement social prendre le dessus. Valorisez toute communication, que ce soit par le comportement, les gestes, les pictogrammes, les mots, même les mots inhabituels, les mots parlés ou les mots écrits.

L’enfant prend la peine de s’exprimer par les gestes et les mots. Prenez la peine de comprendre, de clarifer, de l’aider à mieux communiquer, de valoriser ce qu’il ou elle exprime, de rendre sa communication efficace en étant le récepteur bienveillant de son message. C’est la seule façon d’apprendre à bien communiquer, que ce soit par la parole, les gestes, les symboles ou l’écrit.

Ce que l’enfant a à communiquer est important. Parce que l’enfant est important.

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