Mon temps autiste

J’ai de la difficulté à gérer le temps.

Si j’ai une activité programmée à l’horaire, je dois planifier prudemment les heures qui précèdent, à partir de la veille, parce que sinon je passe tout droit, je suis en retard ou je panique. Ou les trois.

Phénomène étrange, j’ai de la difficulté à commencer ma préparation. Problème de fonction exécutive ou difficulté de transition? Je ne sais pas. Mais je sais ceci: je n’arrive pas à commencer à me préparer avant que l’adrénaline embarque.

Par exemple, si j’ai rendez-vous au café du coin à 17h, je commence à planifier la veille en soirée, puis je commence à prévoir ma préparation vers midi.

Je calcule qu’il me faut 30 minutes pour me préparer et 5 minutes pour m’y rendre. Avec ce schéma en tête, je vais probablement commencer à me préparer (quitter l’ordinateur, douche, vêtements, sortir dehors) 35 minutes avant le rendez-vous.

Pourquoi pas avant? C’est parce qu’à 16h25, il y a un début de risque que je sois en retard et l’adrénaline coule enfin dans mes veines. J’aimerais bien me démarrer plus tôt, mais la plupart du temps, c’est peine perdue. Sans cette adrénaline, je n’arrive simplement pas à démarrer, à faire la transition. J’utilise des alertes et des alarmes sur mon téléphone. Mais c’est utile en guise de rappel, sans plus.

Facteur supplémentaire: quand le rendez-vous est social et qu’il y a des conséquences importantes ou un risque de conflit, la transition est encore plus difficile à entamer, adrénaline ou pas.

J’estime souvent mal la durée de chaque étape de ma préparation, aussi. Le temps est élastique. Parfois je suis prête en 10 minutes, parfois en 40. Mais la plupart du temps, je suis en retard. Presque fière de moi quand c’est moins de dix minutes. Mais quand même coupable. Je m’excuse souvent. Ce sont des excuses sincères. Mon effort est là et je suis vraiment désolée. C’est simplement que je n’y arrive pas.

Il y a des exceptions. Par exemple, un rendez-vous officiel (banque, avion, théâtre) où les conséquences logistiques d’un retard posent un risque concret.

Je parais sans cœur, comme ça, et j’ai l’air de dire que c’est plus important d’être à l’heure pour un rendez-vous à la banque que pour rencontrer un ami. Mais ce n’est pas moi qui décide, c’est l’adrénaline. Je sais que mon ami me pardonnera, sera compréhensif, du moins je l’espère. Il y a davantage de marge. Mais la personne que je rencontre lors d’un rendez-vous professionnel n’offrira pas autant de clémence. Le jugement pose un risque plus grand, tout simplement. Malgré que je valorise bien davantage mes amis que les gérants de banque, l’adrénaline, elle, est fonction du risque, qui est cognitif.

Ça, c’est pour ma ponctualité. Hautement déficiente, source de remords et de honte, de culpabilité et souvent de blâme. J’y investis beaucoup d’énergie, sans y arriver, le plus souvent. D’ailleurs c’était une source de stress et d’une immense fatigue quand je travaillais en entreprise et que je devais répéter ce scénario quotidiennement.

De l’autre côté de la ponctualité, il y a la planification avec d’autres. Si une personne change l’heure d’un rendez-vous, je deviens anxieuse. Je suppose que c’est parce que ça rajoute de la difficulté à ma planification.

Si un événement ou un rendez-vous est reporté ou annulé, encore de l’anxiété. Si la même personne prend l’habitude de changer notre planification commune à répétition, surtout sans me demander mon avis, rien ne va plus.

Si un proche devait être présent lors d’un événement important et qu’il ne se pointe pas sans avertir, anxiété redoublée.

J’ai gâché une relation avec quelqu’un de très cher récemment à cause de ces difficultés avec le temps. J’ai tenté d’expliquer mes besoins de planification à quelques reprises. Incompréhension. Il a cru que je le critiquais, que j’étais trop exigeante et nécessiteuse, et m’a reproché en retour mon manque de ponctualité en soulignant l’écart moral entre les deux. Bref.

Un élément de plus à ma panoplie de traits détestables et nuisibles socialement. Vous avez des trucs pour provoquer une poussée d’adrénaline?

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One thought on “Mon temps autiste

  1. Commentaire informatif d’une amie, sur Facebook :

    «Je crois que cette histoire de planification est typique d’un TDA/h. Cela fait partie des symptômes recherchés par les psychiatres et neurologues dans la démarche diagnostique (tendance à s’activer et faire les choses au dernier moment, avec l’adrénaline pour carburant, celle-ci permettant plus d’efficacité qu’en temps normal). Selon Mottron, 54% des autistes ont aussi un TDA/h.»

    En effet, lors de mon questionnaire de diagnostic, les questions liées au déficit d’attention ont obtenu des réponses assez signifiantes… voilà donc une piste de réponse.

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