Être

Quand j’étais petite, un de mes grands bonheurs était d’être.

Assise sur le plancher, j’étudiais la dynamique de mes fesses sur le bois verni, avançant avec les pieds, les mains, par à-coups, comme une chenille glissante. La température du plancher variait par endroits selon que le soleil donnait dessus ou que les tuyaux d’eau chaude passaient dessous. J’aimais sentir la chaleur bienfaisante sous mes mains.

Le bord d’un mur. La frange d’un tapis. Tout était merveille dans mon appropriation du bas du monde.

Parfois je me couchais sur le dos quand je trouvais un endroit particulièrement agréable. Je regardais le plafond en m’imaginant que c’était le sol et je me promenais là-haut en imagination, à l’envers mais plus à l’envers, debout sur le plafond. J’enjambais les dessus des portes, j’admirais ce plafonnier qui sortait du plancher comme une fleur, ou un champignon. La géométrie simple et blanche du plafond était ma nouvelle planète, et quand je redescendais de mon exploration, je voyais le vrai plancher autrement. Tout était toujours nouveau. Et je recommençais.

Adulte, j’ai appris la méditation de pleine conscience. Ou plutôt, je l’ai réapprise. Cet état d’observation détachée, d’émerveillement absolu et libre de jugement, c’est la pure vie de l’âme, la liberté de la conscience. Être. Rien de mieux.

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