L’expression « autisme politique » – Lettre ouverte à La Presse

Montréal, le 5 octobre 2017

Aux journalistes et responsables de la rédaction de La Presse,

Il y a eu cette semaine un scandale à La Presse+, alors que Nathalie Petrowski a employé l’expression «autisme politique» dans le titre (modifié depuis) et le texte (non modifié) d’une chronique au sujet de Mélanie Joly.

Voici les liens vers la publication Facebook :
https://www.facebook.com/LaPresseFB/posts/10157014011038312
et la chronique:
http://archive.is/iRffP

Dans l’article, on y va gaiement en décrivant les «symptômes» de ce phénomène.
Sinon, la «métaphore» ne serait pas aussi percutante. Bien sûr.

D’ailleurs, en effectuant une recherche par curiosité, j’ai constaté que l’expression «autisme politique» est parfois utilisée par des commentateurs politiques un peu partout dans le monde, et plus particulièrement à La Presse au cours des dernières années (recherche Google : “autisme politique” avec les guillemets, en ajoutant au choix site :.lapresse.ca).

Ce qu’il faut savoir donc, c’est que 1. l’expression est utilisée par d’autres commentateurs politiques et que 2. c’est de la grosse discrimination sale, puis que 3. l’un n’empêche pas l’autre.

Après les très nombreux commentaires de protestation qui ont suivi la publication du lien de sa dernière chronique sur Facebook, Nathalie Petrowski a rédigé un message, publié en commentaire. Il se veut un mot d’excuse… mais n’en est pas un. En fait, elle justifie l’emploi de l’expression en enfonçant gaiement le clou avec des entourloupes et des clichés éhontés, puis en comparant avec d’autres expressions capacitistes.

Je me doute que Nathalie Petrowski ne comprend pas qu’elle contribue à stigmatiser les personnes autistes et à banaliser l’intimidation (oui, une personnalité publique qui dénigre un groupe de population, ça favorise la haine). Mais nier le problème au point de justifier son choix stylistique avec un message d’une condescendance et d’une ignorance évidentes? C’est terrible.

Image du commentaire de Nathalie Petrowski au sujet de l'article intitulé « L'autisme politique de Mélanie Joly ». Texte: UN MESSAGE DE NATHALIE PETROWSKI Je ne suis pas sans savoir qu’il y a autant de formes d’autisme que de personnes autistes mais je n’ai jamais nourri le moindre préjugé à leur endroit. Même que certains autistes avoués, comme Louis T ou l’auteure Sophie Bienvenue, ont toute mon admiration. En écrivant que la ministre Mélanie Joly pratiquait l’autisme politique, je faisais appel à une métaphore pour décrire tout l’enfermement de sa pensée et de son discours. La métaphore m’est venue en entendant Gérald Fillion sur le Plateau de tout le monde en parle lui lancer : On dirait que vous ne nous entendez pas. Au lieu de cette métaphore, j’aurais pu évoquer un dialogue de sourds ou un aveuglement volontaire, des expressions qui sont passées dans le langage courant. Mais à mes yeux, la métaphore de l’autisme politique était plus précise en ce sens que la pensée et le discours de la ministre – et non la ministre elle-même – se caractérisent, comme l’autisme, par des difficultés de communication et d’interactions sociales. Mon intention n’a jamais été de dénigrer les personnes autistes, mais si ma métaphore en a heurté ou blessé certains, j’en suis désolée. Nathalie Petrowski

Commentaire de Nathalie Petrowski au sujet de l’article intitulé «L’autisme politique de Mélanie Joly » (ce titre a été modifié depuis)

Dans l’article en question, l’autisme est utilisé pour dénigrer la politicienne. Un groupe de population vulnérable s’en trouve moqué, vilipendé, ramené au niveau des plus détestables traits des personnalités politiques en manque d’honnêteté, d’ouverture d’esprit et de rigueur. Alors que bien sûr, si on fait un peu de recherche, on apprend que les personnes autistes, si on veut tomber dans les clichés, sont plutôt honnêtes et ont un fort sens éthique, et qu’une apparente absence d’attention chez une personne autiste est en fait un moyen de gérer une sensibilité décuplée. Mais bref. Peu importe quels clichés sont mis de l’avant, les autistes n’ont rien à voir avec Mélanie Joly, ni vice-versa. On utilise l’autisme pour faire un raccourci sémantique qui non seulement est boiteux, mais surtout préjudiciable.

D’accord, Mélanie Joly a des habitudes de communication désagréables, n’a aucun talent pour le débat et fait semblant de ne pas entendre ce qu’on lui dit (d’ailleurs le légendaire Brian Mulroney aussi faisait ça, mais beaucoup plus habilement, comme beaucoup d’autres politiques). D’accord, l’expression «autisme politique» existe, même si elle est le plus souvent employée par des journalistes qui veulent fanfaronner en utilisant des raccourcis de cour d’école pour signifier le manque d’ouverture de certains élus. Mais elle existe, cette expression. Bon. Il reste que si ton voisin, ton collègue, la grande gueule du moment, ou même un commentateur politique le fait, ça ne veut pas dire que ce n’est pas dommageable et qu’il faut les imiter, ni surtout minimiser l’effet de ce portrait humiliant, réducteur et faux des personnes autistes.

Demain, Nathalie Petrowski n’aura pas à rencontrer le voisin méchant qui va se sentir validé dans ses moqueries méprisantes. Ou son fils, qui va se sentir justifié d’intimider son voisin de classe quand il entendra l’enseignante utiliser le mot «autisme» à son sujet. Ah, on va bien se moquer des autistes, même les journalistes de La Presse le font!

Nathalie Petrowski croit qu’elle n’a utilisé qu’une simple métaphore. Elle se trompe. C’est une arme, une pierre lancée, un guet-apens et une cible peinte dans le dos des enfants et adultes autistes qui déjà, se démènent pour se faire respecter dans notre société.

Pardonnez-moi les mots-chocs qui suivent. Ce n’est pas une métaphore, non, mais une illustration qui utilise des expressions abusives et discriminatoires… et je crois que ça dit tout : oseriez-vous écrire que Mélanie Joly a des *plans de nègre politiques*, cette *petite juive élue*? Eh non, ces expressions ne sont pas du tout acceptables. Parler d’«autisme» pour faire référence à des traits négatifs ne l’est certainement pas plus. Toutes ces expressions sont péjoratives, dommageables et discriminatoires.

Je suis traductrice agréée depuis près de vingt ans et si j’ai appris une chose, c’est que la langue évolue. Cette évolution de la culture et de la langue a fait en sorte que la protection des droits des minorités et des populations vulnérables s’ajoute maintenant aux contraintes de rédaction dans tous les domaines. Certains y verront de la rectitude politique, mais en toute bonne foi, comment peut-on refuser à ces groupes vulnérables un respect de base une fois qu’on s’est appliqué à en comprendre les enjeux?

Dans son commentaire, Nathalie Petrowski dit qu’elle est désolée. Je suppose que La Presse appuie ce message. Espérons donc que le quotidien fera preuve de bonne volonté en demandant à ses journalistes et à ses réviseurs de cesser l’emploi de toute expression qui emploie les autistes ou autres populations vulnérables en guise de boucs émissaires, en toute connaissance de cause.

– Marie Lauzon

Pour mieux faire, un guide de recommandations terminologiques sur l’autisme à l’intention des médias : https://autcreatifs.com/2014/12/19/raconter-lautisme-autrement/

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Recherche sur l’autisme au féminin – appel de participantes

Le groupe de recherche en autisme et neurosciences cognitives de Montréal invite actuellement la participation des femmes qui se sont identifiées comme étant autistes (ou Asperger) à l’âge adulte, en France et au Québec. (Ceci inclut les personnes qui n’ont pas obtenu de diagnostic et les personnes transgenre assignées femmes à la naissance.)

À cette étape, l’inscription vous permet d’ajouter votre nom à la base de données, sans engagement. Sur le long terme, vous recevrez des invitations à participer à des projets de recherche si désiré, par exemple collecte d’information, neuro-imagerie, etc. La participation à chacun des projets est optionnelle.

Je vous encourage à vous inscrire! Ces études à venir permettront de mieux cerner les critères d’identification (diagnostic) des filles et des femmes autistes, qui passent bien trop souvent «sous le radar».

Voici le lien vers le site de l’équipe de recherche et la description du projet, avec les critères d’admissibilité :
http://lnc-autisme.umontreal.ca/contenu.aspx?page=3.13

Pour recevoir le formulaire d’inscription et davantage d’information, vous pouvez joindre les responsables directement sur le site du projet.

Si vous préférez, vous pouvez aussi m’écrire à l’adresse suivante: info@femmesasperger.com.

J’aide au recrutement et je suis en mesure de vous envoyer le formulaire d’inscription et l’information complémentaire par courriel, ainsi que de répondre à certaines questions ou de les transmettre aux responsables.

(Genderless)

Gender assumptions and the definition of self, beyond compliance

By all accounts and observations, I present as a woman biologically, and I am attracted to males, mostly.

I am, in theory, cisgender. That is, I feel no dissonance in my identity from the fact that my physical body presents as female in its physiology. I really don’t care, and just go with what I have.

I am also, in theory and consequently, heterosexual.

These facts all mesh. The standard, socially normative model is present on the surface. I also have full cisgender privilege, because I look like a woman and I function mainly as a woman, for practical purposes.

But this is all circumstantial.

Beyond pragmatics about bodily functions, there is this thing: socially-defined gender. And this binary template means nothing to me as relates to identity, outside of a subjective, semantic designation. Indeed, it has been a lifelong enigma for me that one must be defined according to binary gender groups.

Judging from the power divides between males and females, which I’ve come to learn and battle, gender seems to be an artificial construct that does far more harm than good.

I have repeatedly expressed, when I was younger, that I was a man in a woman’s body. Now, I see things differently – I am me, in a female body. Neither man or woman, perhaps both, and especially all in between and outside of that.

Let me remember, before…

+++

As a child, I did not identify with one gender or another.

My mother was a modern feminist, but obsessed with social image – I now believe she may have been autistic like me, and stuck in compensating with the overarching obligation of femininity and attractiveness for self-worth, as many women are. Whatever the reasons behind it, she had a very rigid and well-defined idea of what I should look like as a kid, and she applied it, stuffing me into cute and respectable girl clothes and shoes, and pulling my hair into submission and ponytails. But this was only relevant to social situations – school, family events, and so on. When we were at home or I went out to play, I wore my brothers’ old polyester pants and cotton t-shirts, and my hair was wild.

So, as a child, I existed in two realms, the public and the private. In public, I was a girl, which was whatever my mother saw as appropriate. I played along by accepting the clothes and the hair, and thought nothing of it, because she was the boss. In private, I was genderless – I did not have an opinion or indeed a conscious idea of gender. I preferred to play with boys because they made sense, toy cars, the woods, action. I liked to play with some girls because they were fascinating, with all their pinks and cutenesses and fuzzy things. But I didn’t identify with them, quite the opposite, they seemed other. With boys, and non-binary girls that I met later on, we just were. Action was the goal, not identity.

Growing up and as puberty was coming along, discovering binary sexual gender interactions was another story entirely. Pop culture was rife with sexual freedom and affirmation, and I gobbled it up. The Love Boat and Grease, The Blue Lagoon and Fantasy Island, Endless Love and Star Wars. Being a woman was portrayed as joyful and empowering. Being a woman meant being pursued and beautiful. Being a woman meant sexual attractiveness. I wanted to be attractive, and pursued, and loved. So it was awesome that I was a woman. Lucky for me.

It also meant that social interactions became a whole lot easier. As I discovered sexual attraction, words became supercilious, glances and proximity and touch were clear and significant communication, and kissing and groping a realization of human connection, in a pleasurable and easy way. The body was leading.

I had always felt more comfortable around males, so there was no clear gap for me between childhood and puberty; sexuality was added on and meant more self-realization, significant connection, intensity.

In early adolescence, I started to feel out preferences for body adornment.* The New Wave and Disco trends were fun! Much color, and sexiness with leggings, tight pants and shiny fabrics. But fashion had its limits, and I started to copy less and imitate more to create my own style, with masculine clothes that were also sensual and sexy: a man’s dress shirt with top buttons undone, rough checkered hunting jacket, oversize t-shirts, and cutoff jeans quickly became my favorites. I borrowed my father’s clothes far more often than I did my mother’s… and those only when they were masculine or gender-neutral, like her man’s fishing hat worn tipped backward (hello, Boy George) or a pale yellow jacket that felt like I had become a soft baby chicken.

Clothes were about functionality, sensuality, and expression. When I entered high school and my new best friend introduced me to the world of punk, I was taken. More digging into my father’s closet brought out vintage items from the 50’s and 60’s. I tie-dyed and snugged the bottom of my jeans, wore a kilt over them, cut off the sleeves of my t-shirts and wore my hair short. Gender wasn’t a factor for my choices. Whatever was streamlined, looked good and felt right was the way to go. I started borrowing my mom’s jewelry because she had some metal chokers and kilt pins in there…

Eventually, I gave up wearing punk attire because one boyfriend told me this: “You’re a nice person, but the way you dress keeps people from wanting to get to know you, it scares them.” I thought that made a lot of sense.

And then there was late adolescence, and the Relationship thing. I did not fit the model image of what a Girlfriend should be like. I was not kept around for the long term. And this jarred me, because to me, a relationship was a given; it existed because it was already happening, it was not a work-in-progress that had to fit into a specific social template. To me we were, already, in a relationship. But for most people, the need to fit into the template is very strong.

We were kissing in a tent. It was a big party, his birthday. We were all sleeping over. The kiss was passionate. We had been friends for a long time. It was wonderful. And then he pulled away and said “What am I doing?” and stormed out. Dawn was breaking, and it was cold.

I remember many instances like this. I was not Girlfriend material, I know that now. Back then, I didn’t understand what this meant. I did have boyfriends. But they didn’t know what love was, or commitment. A relationship to them was a pastime. Yet to me each encounter of closeness meant full commitment, there was no gap between what the relationship was and what the relationship should be according to these social templates.

So, I present as cisgender, and I am heteroromantic as far as I know, and all-out heterosexual.

But I don’t know what gender means, from the inside. The body loves heterosexual sex. It meshes with hormones and stuff, and hetero love ensues. But somehow this feels circumstantial, and that somehow, I am a slave to the body.

Does this make sense? The gender binary means nothing to me personally. I can’t relate with people who actively and purposely identify with one specific, socially-delimited binary gender, either biologically given or the one they were not born into. Gender is not a binary variable in my cognition. And so I just gape in wonder, and cannot connect.

It feels like we don’t speak the same language, or think in the same way.

My friends and lovers have always been fluid across the gender divide. When they didn’t know or accept it, and the divide hit them, because of social circumstances or the social pressure to fit the expected template, this often pulled us apart. My lack of gender boundaries was not welcome. For that matter, the fact that I don’t adhere to superficial social templates, whatever they may be, was always a factor in relationships.

Gender is often said to be a social thing, in its binary form. On the inside, I am neither man nor woman, I am both, and thrive in this. I do now.

But for a dozen years or so, from my late twenties to my early thirties, I tried desperately to fit the “woman” social template. The body called me to motherhood, and it was a sweet call. I wanted a life-long relationship, and was tired of being the outcast. So I tried.

I enjoyed my new interest in being feminine, and part of it was that I felt I could be pretty, which was nice. I discovered I could be gentle, and graceful. I think the female body is beautiful, so I enjoyed making mine pleasing in dress and gestures. It was a creative process, and my body was the canvas where I could practice this art. I took dancing lessons, I groomed my hair. I accepted the standard courtship rituals, which had always seemed senseless to me. I played along and followed the template. I was conciliatory. I accepted the feminine traits society said I should have, within reason. I molded myself as best I could to fit into this template, as I understood it, and for the first time in my life, accepted outside influence without truly owning it. I wanted to own it. It seemed the right path to follow. I would try.

But then, I also started to be subjected to the oppression and social violence that the patriarchal model involves. I was berated for “not being nice, after all” by controlling, dominating males. I was gaslighted because I expressed my disagreement when subjected to demeaning or humiliating behaviors, including by my family. I fought back, but I wanted to be nice. I asked why, and pleaded, but I wanted to be loved as I thought society defined it. I thought if I complied, I would find collaboration, and support, and self-realization. But no. Instead I became self-conscious, started to doubt myself, and lost self-esteem.

Little by little, by wanting to play along, and as I gradually tolerated being treated as inferior and inadequate, I was crushed. And then I crashed. I found myself lost in this empty, made-up shell, not knowing who I was. It took a long time to figure it out.

+++

Now I am back where I started, a genderless being in a body that is a tool, an object of interface with the world, and that happens to present as female, which is just fine, but means nothing more to me than a female-identified appearance, female organs, and the hormones and cycles that go with them. These just are, and mean nothing to me outside their factual form, function and semantics.

I also now actively reject stereotyped models of gender identification, because through them I experienced oppression, and trauma; because of knowing the evil that lurks in being forced into templates by self or others.

And still as ever, I like sex, in the form that my body prefers. In fact, being liberated from expectations of compliance means more bodily freedom, and more fulfillment. I respect the body, and mostly, though it is a nuisance sometimes, it respects me back.

To this day, I still have that one pair of high heels I ever owned, that I keep because they’re pretty, and who knows, I might want to play with them, for fun. The thongs and other restrictive and uncomfortable clothes I threw out and gave away. I keep the makeup to hide blemishes and the bras to keep my appendages from swinging. Because it feels right. I dress as a woman, because the clothes suit me (I cannot rave enough about the blessings of wearing dresses and skirts), and because it’s easy, and for aesthetics.

But anytime someone points to me and says woman, I flinch. It’s not me they are referring to. And their assumption always comes with oppression about what and how a woman should be.

+++

*Footnote: About clothes

The original version of this text didn’t contain a section about exploring clothing and adornment in adolescence. Since to me as a youth, this felt entirely unrelated to gender identity, it didn’t come to mind during the first draft.

Aside from illustrating the development of self-image outside of gender, which is rather relevant after all, the reason I added the section on clothes is this: a male friend, after reading the original version, told me he related strongly, and that he never understood all those “Act like a man” or “That stuff is for girls” comments he received as a boy.

He also wrote:

“I select my clothes according to several essential criteria: color, comfort, and tactile qualities. As for the rest… As a boy, I put on my sister’s clothes, and went for a stroll. The reaction from many people, including my aunt, was to say that I was deranged, and should see a specialist…”

The injustice and stigma in this experience made me realize how lucky I was to grow up in my family, where my identity as a youth wasn’t forced into gender stereotypes. I never had to think twice about wearing men’s clothes – and this is privilege.

If I had been a boy in my liberal, human-rights-loving family, and wanted to wear feminine-looking clothes, would I have been free to make my own choices? Would I have been coached out of the “habit” and into proper dress?

What is it about our societies that pathologizes gender identification when it falls outside the normative construct?

While enforced stereotypes relating to gender impact on the well-being, self-worth and self-determination of all children and adults, youth exploring gender identity face injustice, judgment and social violence generally. And this needs to stop.

Les vêtements : image de soi, expression et sensation

Je suis une femme, je suis autiste.

Un aspect de l’autisme, pour les femmes, qui peut paraître loin de ce que l’on imagine toucher à l’autisme, c’est l’apparence. Certaines d’entre nous s’en soucient très peu. Je les envie! Pour d’autres, et c’est mon cas, avec la pression sociale qui est mise sur les femmes, l’anxiété de soi liée à l’habillement est parfois très forte, sans compter l’aspect sensoriel qui s’y combine. Alors je vais essayer d’expliquer.

J’ai beaucoup trop de vêtements.

Mais en fait… pas vraiment. Ma pile de vêtements est utile, c’est ma palette.

Chaque fois que je dois aborder le monde extérieur, les vêtements que je porte m’aident à m’armer. Il faut que les vêtements correspondent à comment je me sens, ce que je veux projeter, s’accorder avec mon intention et comment je souhaite être abordée.

Il peut être étonnant de constater à quel point les gens changent d’approche, selon ce que les gens dégagent par leur apparence. Et pour les femmes, ça peut être renversant.

Alors je choisis les vêtements avec soin. C’est un acte de créativité et de préparation à la scène. Il faut que je le «sente».

C’est peut-être un TOC. Ça ressemble à un TOC. Mais c’est plus que ça.

Il y a aussi l’aspect sensoriel. Un vêtement serré parfois m’indispose, parfois me réconforte. Un vêtement ample, lui, parfois me permet de bien me sentir, parfois me donne l’impression d’être «floue». Ai-je besoin d’air sur mes bras, ou ai-je envie d’être couverte? Un tissu doux est-il le bienvenu pour sa caresse, ou un vêtement rugueux pour sa stimulation sensorielle?

La recette est variable et, souvent, elle est très importante. J’ai des recettes préparées d’avance, que je répète pour gagner du temps et de l’assurance. À d’autres moments, je dois inventer une nouvelle composition en raison d’une activité nouvelle, d’un état physique particulier ou d’une combinaison de facteurs que j’arrive mal à déchiffrer et que l’essai de vêtements divers m’aide à cerner.

Un vêtement qui convient à la situation, tant pour l’image que pour l’armure, le confort ou le besoin d’expression, est un soutien à la fois sensoriel et cognitif. Un réconfort, un outil qui m’accompagnera dans mes activités et qui me permettra d’être bien.

Je réfléchissais à tout ça l’autre jour, en le vivant. Bonheur, j’avais de la compagnie : mon amoureux, avec qui je me sens très à l’aise, parfois peut-être même plus à l’aise qu’avec moi-même.

Comme il était là, et que j’étais à composer comment j’allais m’habiller, changeant de vêtements deux ou trois fois, je décrivais à haute voix cette drôle de compulsion et ses bases conscientes, explorant et précisant cette habitude que j’ai et sur laquelle je ne m’étais jamais penchée pour y réfléchir avec bienveillance.

Comme j’étais très détendue et à l’aise, ça m’étonnait encore plus que d’habitude. Alors j’ai décortiqué un peu le phénomène, avec mon amoureux qui m’écoutait, amusé et intéressé. C’est ce qui me permet d’écrire à ce sujet maintenant.

Au final, j’ai trouvé les vêtements qu’il me fallait pour être prête à sortir de la maison, qui me donnaient la «vitesse de décollage» nécessaire pour quitter la plate-forme.

C’est bien étrange tout ça, et difficile à comprendre, même pour moi. Et en le disant, et en l’écrivant, j’arrive à mieux comprendre.

Deux auteurs m’ont aussi aidée à mieux voir ce panorama, que je compte continuer d’explorer:

Chandima Rajapatirana: Traveler’s Tales (available by order at chammi@aol.com)
Vous pouvez aussi lire un article au sujet de Chandima, ou encore explorer le site de Wretches and Jabberers, un documentaire magnifique (il est possible de le commander sur DVD à partir du site, je vous le recommande).

Donna Williams: Exposure Anxiety – The Invisible Cage : An Exploration of Self-Protection Responses in the Autism Spectrum and Beyond.
Vous trouverez un extrait ici.

C’est en anglais, pardon.

Une autre piste que je promets d’explorer, c’est celle de la formation Saccade, développée par Brigitte Harrisson (saccade.ca). D’après ce que j’en sais, elle est axée, entre autres, sur ces obstacles qui chevauchent la ligne entre le soi et le monde.

Les commentaires sur votre expérience sont les bienvenus!

L’adulte autiste est un adulte ordinaire

J’en ai plein mon casque des gens qui viennent expliquer les mécanismes des interactions sociales ordinaires aux adultes autistes de façon super condescendante, comme s’ils parlaient à des enfants. Comme. Fais pas ça. Vraiment. C’est un manque total de respect et un signe flagrant de discrimination. Présumer la compétence, ça te dit quelque chose?

Si tu penses que nos œillères sociales font en sorte que nous avons manqué une information et que c’est 1. important 2. utile et 3. bienveillant de nous le communiquer, super, go! Mais fais-le donc comme avec n’importe quel adulte, pas comme si tu parlais à un enfant de cinq ans. Sérieusement.

Je suppose que c’est difficile pour certains intervenants et supposés alliés de considérer les adultes autistes comme des personnes à part entière. Mais c’est nécessaire. La discrimination est parfois sournoise, comme ça.

L’adulte autiste n’est pas «autre». C’est un adulte ordinaire, à qui il est important de parler de façon ordinaire, avec respect, et qui comprend comme l’adulte ordinaire qu’il est, et à qui il peut manquer de l’information, comme à n’importe qui. Oui, la clarté de la communication est importante pour nous. C’est une bonne stratégie d’exprimer ce qu’on a à dire de façon explicite pour éviter les interférences et les malentendus. Mais jamais il n’est approprié de prendre ce ton du genre «pauvre toi, tu n’assimiles pas ces choses-là, alors je vais rendre ça simple, simple, simple, pour que tu puisses comprendre».

On a beau être autistes, ça ne nous rend pas cons. On comprend la condescendance, par la bande. Et comme n’importe quel adulte ordinaire, on trouve ça insultant de se faire parler comme à un élève de maternelle.

J’ai ajouté le tag «Féminisme» à ce billet. En effet, on se permet cette approche avec les femmes beaucoup plus souvent qu’avec les hommes. Les femmes auraient davantage besoin de se faire dire quoi faire? Tiens, tiens.

Considérer la personne comme une personne. Peu importe sa couleur de peau, sa neurologie, son genre, son orientation sexuelle, son âge ou tout autre trait identitaire. Ça a l’air simple, comme ça. Et ça l’est.

Mais parfois, ça demande de changer d’approche et de se demander, avant d’entamer la communication, si on considère l’égalité comme un fait acquis, ou si on se permet de prendre de haut la personne à qui on s’adresse, et pourquoi.

Accepter l’autisme

Il fallait que je vous dise…
Je viens de me servir du yaourt nature et de le garnir de confiture de bleuets.

J’ai goûté à l’amertume du yaourt, puis léché la cuiller qui sortait du pot de confiture, en attrapant un bleuet, comme ça. Joie!

Le goût du bleuet a éclaté sur ma langue, un goût floral, rond, paisible, léger et pair, bien mis en évidence par le contraste avec le goût du yaourt, impair et pointu sur une base crémeuse, ce bleuet magique a explosé dans ma bouche et rempli mon cœur, comme la présence soudaine d’un ami de longue date, un ami de confiance dont la compagnie me délecte, comme une fontaine de joie intérieure.

Ce plaisir et cette joie inattendus se sont traduits par un «Mmmm-uuuhm!» fort et enthousiaste, et quelques grands pas sautillants dans la cuisine. Sans rien perdre de l’instant, je me suis vaguement étonnée moi-même de cette expression vocale toute ondulée et de mon sautillement guilleret, et je me suis dit : tiens, c’est vrai, je suis autiste… Et puis… j’ai pleuré de joie et de soulagement, parce que je n’ai pas honte. J’ai toujours eu honte. Et là, je n’ai pas honte.

Surtout, ne faites pas erreur : mon jugement est très sain. J’ai entendu mes vocalises et vu ma danse exubérante pour ce qu’elles étaient, et leur caractère vraiment inhabituel pour une femme de 46 ans. Le fait est que de drôles de vocalisations, des mouvements spontanés inhabituels du corps et des émotions complètement disproportionnées par rapport à ce qu’une autre personne pourrait ressentir ne sont pas une source de honte. Elles ne devraient jamais l’être!

Je n’ai plus besoin d’avoir honte d’être moi-même. Plus besoin de me censurer. Plus besoin d’avoir peur. Alors je pleure parce que je suis heureuse, mais aussi de soulagement pour toute cette vie à avoir eu honte. Une grosse peine qui sort en faisant du bien. C’est fini.

Je suis autiste, et j’ai le droit. Sans honte, sans peur, la tête haute.

bleuets

Les nachos au féminin

Be_a_man

 

À mes amis de gars.

Je vous aime fort, fort.

Puis quand on parle de féminisme, des écarts entre les privilèges des femmes et des hommes et de la nécessité de l’égalité des droits, je m’adresse à tout le monde. À tout le monde avec le même discours.

Je ne te critique pas. Toi, oui, toi. On parle en général.

Et que penses-tu qui arrive quand tu ramènes le discours à toi, ton opinion, tes vertus, ton jugement et les petits points qui te dérangent dans le féminisme?

Le discours revient sur toi, sur l’homme, et, mais, s’cuse, c’était pas de toi qu’on parlait.

C’est pas une critique, c’est pas de l’hystérie, mais, bon, si tu parles de ta dernière recette de nachos, je vais pas te parler de harcèlement de rue, hein? Bon bien, fais donc pareil. Essaie de voir de quoi on parle, et que peut-être que l’interlocuteur principal, pour une fois, et le sujet principal, exceptionnellement, n’est pas toi, le gars.

Là, tu te sens visé. Et tu as raison. Je t’aime fort. C’est pour ça que je veux t’expliquer, parce que je sais que dans le fond, tu veux comprendre pourquoi je suis fru après toi, des fois.

Le fait est que le féminisme, c’est pour les femmes, pas contre les hommes. Il y a des femmes qui n’aiment pas le féminisme. Il y a des hommes qui sont féministes. Il y a des hommes qui ne respectent pas les femmes, même s’ils disent aimer le féminisme. Je le sais, j’ai un ex comme ça. Le féminisme, ça parle d’égalité et d’humanisation, pour dire que les femmes sont des êtres humains à part entière. Tu t’exclames «Mais bien sûr»! et je te remercie. Mais dans les faits, les femmes sont souvent traitées comme des objets sexuels ou commerciaux – dans les médias, dans les conversations, sur le trottoir, dans les mariages forcés, dans les foyers – et c’est pour ça que le féminisme, ça compte encore et toujours.

Pour faire un parallèle, si tu embarques dans une discussion sur l’accès aux endroits publics avec des amis handicapés, vas-tu mettre en doute avec eux le principe d’égalité? Vas-tu débattre de la validité de leurs revendications? Vas-tu parler de toi et de l’importance de ta personne sans handicap? Sûrement pas, moi non plus. Ce serait déplacé. Je ne suis pas à leur place et mon opinion n’est pas pertinente. Je peux essayer de comprendre, ajouter des idées même, mais je n’ai pas voix au chapitre sur la valeur de ce qui se dit.

Puis si tu parles des nachos (ou d’une autre chose qui te tient à cœur) et que j’interviens en disant que ça m’énerve, qu’on en parle trop, et que ça m’atteint dans ma condition de personne qui n’aime pas les nachos, si je te demande de m’expliquer en long et en large pourquoi tu devrais avoir le droit d’être amateur de nachos, simplement pour pouvoir te contredire, tu vas trouver ça bizarre, non? C’est un peu ce qui m’arrive quand nos discussions sur le féminisme sont ramenées à toi, en tant que gars.

J’espère que t’es pas fru et que tu comprends un peu mieux.

Passe les nachos, on va jaser.

 

Ton amie féministe

 

 

Graphisme www.beaman.se

 

 

 

Blanchi le peuple/Speak White

Une ébauche. Trop d’idées. Trop de volonté à vouloir métrer. Mais le cri brut.

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Blanchi le peuple/Speak White

Regarde, moi, je suis blanchie, j’ai tous les droits.
Je sais parler en complaisance de mes malheurs.
Je viens d’un peuple petit mais dur, mais envahi, oui
Et qui défend son privilège comme une pitance.

On dit que la souffrance se transmet par l’exemple.

Quand nos grand-mères allaient shopper on leur disait
Sans un soupçon d’hypocrisie, « Speak White, my dear ».
Comprenez-vous ce qu’on voulait par cette parole?
Qu’elles étaient moindres, sans importance, de s’adapter.

« On s’adapte, nous, quand on voyage! », me direz-vous.
Et vos grand-mères, vous en faites quoi? Vous leur volez
Leur dignité, leurs grandes batailles, leur rédemption
Quand vous foulez au pied des lettres ces étrangers.

Vous dites pareil : « Parle donc français! Ôte donc ton voile! »
Comme si prier était encore bien méprisable
Si c’est un dieu qui n’est pas nôtre et qui entend
Que tous prétendent, trop bien-pensants, à la victoire.

Le plus souvent, les plus haineux étaient victimes :
Des immigrants s’opposent aux droits des réfugiés,
Des femmes battues méprisent leurs sœurs qui ne quittent pas
Et nos grand-mères sans hésiter haïssent les voiles.

Que ce carcan nous quitte un jour, je nous le souhaite.
Tendons la main, enfin, soyons, ensemble et sœurs.
Y a-t-il moyen qu’un jour cette terre nous appartienne
Et que le poids de la souffrance nous abandonne?

Suffit d’un geste, d’un choix, parfois, d’une espérance.

Mais…

Comment peut-on dire « tolérance » quand on rouspète
Aux moindres bruits et différences byzantines
Qu’on ne mesure qu’à l’aune sacrée de notre laine?
Laissez-moi rire, c’est d’une pitié si complaisante!

Mais je divague, c’est la colère de nos enfances
Qui remonte là, car j’ai porté, comme vous, comme toi,
La charge impie de la morale qui prend le bord.
Nous en sommes tous à réparer le trop tranquille.

Car pensez-y, à cette tranquille révolution
Qui nous laisse responsables de notre voix
Et c’est seulement nos agissements qui définissent
Notre parler d’amour, enfin, gens du pays…

Regardez-nous, si blancs, porteurs de tous les droits…
Saurons-nous taire ce grand honneur, sans complaisance,
Venir d’un peuple petit mais beau, et grandissant?
Ce privilège, ce bouclier, partageons-le!

Années cinquante – c’est toi qui dis à la vendeuse :
« Je parlerai aujourd’hui même comme bon me semble
Dans ton mépris rien ne me touche, je te pardonne
Car mes enfants doivent être heureux, ne t’en déplaise. »

C’est toi qui peux, par ta bravoure, dire haut et fort
Cette chanson de nos amours enfin matures :
« Nous sommes les mêmes! » et rien ne peut nous opposer
Pas même un voile, pas même la langue, pas même ta haine.

Ta pitance, garde-la, j’irai chercher dans mon quartier
La manne de l’âme, le pauvre cœur sans amitié
Pour mieux comprendre la vie et taire les voix faussées
De pénurie, d’ancêtres aigris, et puis d’envie.

« Speak White! », le cri de ralliement qui retentit
Aux salles fermées des entreprises manichéennes
Séduction-propagande à travers nos écrans
Nous sommes plus forts, nous sommes poètes, je me souviens…

… mais de quoi?

De ces jours où j’ai ri avec ma belle voisine;
– Y avait-il voile? Je ne sais pas, j’ai oublié –
De ces moments desquels on voit les différences
Comme des défis, pas à combattre, mais à chanter

Ensemble

La robe de peau et les jokes racistes

 

Racisme et sexisme: au-delà de la complaisance.

Quand j’étais dans la vingtaine, personne ne me chosifiait, à ma connaissance. Puis, la trentaine arrivant, j’ai arrêté d’être un garçon manqué sans le chercher, j’ai découvert la féminité, la vulnérabilité, puis en même temps, je suis devenue jolie. C’est là que j’ai assimilé que le féminisme, ce n’était pas seulement un concept abstrait qui avait fait son temps, mais une démarche utile et un combat loin d’être gagné.

Ma mère m’avait élevée suivant le principe que je pouvais évidemment faire tout ce qui me plairait dans la vie, peu importe mon sexe ou mon « genre », tous concepts confondus.

Quand je suis devenue femme, j’ai commencé à comprendre le privilège que j’avais, parce que j’en ai perdu une petite partie. On a commencé à m’accuser de ne pas être « gentille » comme si c’était une obligation. De ne pas écouter, comme si je devais me taire. J’ai été accusée à toutes les sauces de ne pas être conforme à l’idée qu’on se fait d’une femme jolie et féminine. Incroyable, hein? Mais tout à fait vrai. Continue reading

Le voile, les bleus et le travail des enfants

 

Le discours anti-voile actuel qui attaque les femmes sous le couvert du (supposé) féminisme, c’est la même chose qu’attaquer moralement une femme parce qu’elle a des bleus visibles.

«Aaaaaaaaaaaaah, diront certains, mais c’est pas pareil!»

C’est quoi la différence? Les deux souffrent (probablement) de violence de la part des hommes dans leur vie. Elles sont, diraient certains, des emblèmes vivants du patriarcat.

Les deux ont le choix. De dire non à l’oppression. D’éliminer ces marques.

Mais qu’arrive-t-il quand la femme en question ne sait pas encore qu’elle a le choix? Lui dira-t-on pour la confondre encore un peu plus qu’elle n’a pas le droit non plus? Dira-t-on à la femme violentée : «C’est ta faute si tu as des bleus. Tu dois cesser, sinon tu perdras ton emploi»? Continue reading