Les oiseaux

Tu m’écris pour m’aimer

et je te réponds

avec des mots de paysan

Tu pleures du sang

 

Je n’ai pas les mots pour te dire

Je n’ai pas les mots à temps

 

Et tu te cognes sur un mur

de tout ce que tu voulais attendre

et moi, le cœur tendre

 

J’écoute Richard et je me dis

en pleurant, qu’il a compris

Une complainte du vent du fleuve

qui me ramène aux bancs de brume

 

Il y a des oiseaux qui s’envolent

Je les ramène en roucoulant

Trop beaux pour être en cage

trop purs et trop sauvages

même tendrement

 

Je les ai libérés

 

Je t’espère un bonheur

Plus grand que l’univers

En attendant je fuis, mon cœur

 

Quand je t’aime en chantant

Tu pleures du sang

 

Stimmy: My Hair

I had long hair throughout my childhood. Then, as a teenager, I decided to be Punk and thought I should have short hair, so I cut it.

Some time later, I had a dream. In it, I was turning my head from side to side and feeling the soft caress of my shoulder-length hair brushing against my neck and the top of my shoulders. It was a beautiful feeling, and the dream was very vivid.

When I awoke, and realized that my hair was short, and that the beautiful feeling was to be no more, I cried in despair.

But I let the feeling go and got over it, and remained true to my punker decision – long hair was not in line with the way I wanted to apprehend the world, and the identity I wanted to have in it.

Then, I had the dream again as a young adult. It was the same, very vivid dream, where every sensation was so real that when I awoke, and found that my hair was short and I could not sway my head to have it caress the nape of my neck… I cried this time too, with an infinite sadness that this feeling was not real in the waking world.

By that time however, I made my own decisions, appearances of social rebellion notwithstanding. I decided to let my hair grow, and to never wear it short again.

This might seem silly to most people, that a physical sensation so inconsequential as having your hair caress the nape of your neck would become something of an important life decision. But it isn’t, it isn’t…

As I started to write this, I untied my hair. It’s usually up in a bun, so that it doesn’t distract me. But sometimes, when I want to recall that feeling, the bliss of the caress, I let my hair down. It’s a beautiful feeling, and exactly as it was in my dream, and my longing. My neck thanks me. My soul thanks me. Such is the beauty of the stim.

Autiste de caniveau

Je suis une autiste de caniveau
Une autiste de bas étage
De mauvais niveau de fonctionnement
Je suis l’oiseau qui n’existait pas
Un volatile déplumé
Qui attend qu’on l’empaille
Je suis l’objet du silence
Quand on attend la performance
Je ne souris pas
Je suis autiste de pas de niveau
J’ai pas de classe
Je suis fond de gamme
Je crie quand on m’adresse
Je grince quand on me roule
Je sacre et puis je braille
Je suis autiste et j’ai bien beau
Je suis l’autre qu’on n’achète pas
Et qui pourrit au fond de la cour
Et toi?
Et toi?

Beyond

Don’t smile
There’s no performance
required

Don’t smile
Your lips are full
And curl just so

Don’t smile
You don’t need
to mimic or plaster

Don’t smile
I can tell you’re happy
Your bliss in repose

Don’t
The conditioned response
hides you away

Feel
your lips
and beauty

This moment
We forget
and learn
everything

Your breath and mine
Our lips
curl just so

Forget
Don’t smile
and look up to my eyes
as you’ve been told

Just be
with me
with you
eager and still

Feel me
behind the mask
I will not mimic
Help me

Don’t smile
let your face go
and feel

You don’t need to know
The color of my eyes
Or to follow protocol

When we are close
your lips curl just so
I feel you close, and know you

Our souls tender
the bliss

There is no man, woman
In this moment, eternal
we kiss

And you and I,
interchangeable
mesh

We are beyond

Unruly

My lover loves my hair,

he says, when it is

unruly and wild, it is

fascinating and unpredictable

My lover loves my hair

and the way it curls

and makes strange shapes

When he sees my hair,

the wilder, the better,

my lover makes love to me

with his smile of joy

and the stars in his eyes

My lover loves me

when I am wild and unruly

Le silence

Le silence

Ce silence.

Quand les gens ne répondent pas plutôt que d’être honnêtes.

Quand le silence est une punition.

Ce silence qui est souvent plus signifiant qu’une claque sur la gueule.

Parlez. Soyez courageux. Ce n’est pas une injonction, mais une supplication.

Les gens comme moi, qui manquent de tact, qui heurtent en voulant bien faire.

On nous ignore tout en nous jugeant.

Puis on s’empresse de décortiquer notre comportement en privé,
en se moquant bien fort;
en se plaignant des mauvaises intentions;
en nous mettant au ban.

Il ne faut pas.

Cet effort que demande un cœur juste, c’est de dire gentiment.

La bonté est intrinsèque à l’être humain. Laissez-la vous guider?

Parce que le silence, lui, ne dit qu’une chose : tu ne vaux pas la peine.

We shall be of one mind

IMAG1679_BURST004Some say

Art is
spirituality
and so with mathematics

Eternity was shown to me
in nothingness and infinity

At this, a preacher girl said I
was confused

In distance I blessed
I was not angry
How could I be?
But pity
and fear
for the judgment

Currents flow
joy, sadness
elation and suffering
not contrary
beautiful tragedy

and then if we can see

We shall be of one mind
grow together in spiritual strength
and together outrun
this mortal confine

in a moment
the refrain
of mystery grazed
shimmering
remains

entranced
reverence
gratitude

love

Le monstre

Le monstre

Viens ici, le monstre.
Tu es jolie, et intelligente
Mais bruyante
Nous allons te dompter
Si tu respectes
Les règles de bienséance
Tu auras du lolo
Très bien, le monstre
Mais ne crie pas, ne rouspète pas
Car tu seras punie

Que dis-tu, le monstre?
Tu oses avoir des choix?
Des émotions, des opinions?
Tiens-toi bien sage, je te dis
Car je te battrai
Tu gardes le silence, c’est bien
Réponds quand on te donne
Les mots du monstre
Fais le monstre bien dressé
Tu pourras rester avec nous

Oh, le monstre, tu pars bien loin
Comment oses-tu?
Serais-tu émancipée?
Capable de choix?
Bien, tu seras un monstre civilisé
Car l’obéissance restera
Nous n’avons pas peur
De cette témérité
Tu n’es, après tout,
Qu’un monstre divertissant

[Ah, le joli monstre!
Couche-toi là, tu seras mienne
Je te traiterai, le monstre,
Comme une chienne soumise
Tu auras le droit
Aux atours et aux airs
Mais ne rouspète pas
Car je t’écraserai
Tu n’es, après tout,
Qu’un misérable monstre]

[Ah, un monstre intelligent!
Viens ici, le monstre,
Fais pour nous le travail
Quoi, tu voudrais
Qu’on te traite avec respect?
Qu’on use de douceur
et d’un peu de courtoisie?
Dehors, le monstre
Tu as seulement droit
De servir, sans exister.]

Te voilà de retour, le monstre?
Que dis-tu?
Tu as découvert
Que ta monstruosité avait un nom?
Et alors? Que croyais-tu?
Que ta vertu
De monstre éveillé
Allait soudain nous faire t’aimer?
Regardez-moi ce monstre pervers
Qui prétend à l’humanité

Tu refuse de te soumettre
À notre humiliation?
De faire nos pirouettes?
D’être châtiée quand tu oses
Avoir une voix à toi?
Alors fuis, le monstre
Retourne dans ta tanière
Personne ne veut de toi
Tu es un monstre, après tout,
Et surtout ne rouspète pas.

Accepter l’autisme

Il fallait que je vous dise…
Je viens de me servir du yaourt nature et de le garnir de confiture de bleuets.

J’ai goûté à l’amertume du yaourt, puis léché la cuiller qui sortait du pot de confiture, en attrapant un bleuet, comme ça. Joie!

Le goût du bleuet a éclaté sur ma langue, un goût floral, rond, paisible, léger et pair, bien mis en évidence par le contraste avec le goût du yaourt, impair et pointu sur une base crémeuse, ce bleuet magique a explosé dans ma bouche et rempli mon cœur, comme la présence soudaine d’un ami de longue date, un ami de confiance dont la compagnie me délecte, comme une fontaine de joie intérieure.

Ce plaisir et cette joie inattendus se sont traduits par un «Mmmm-uuuhm!» fort et enthousiaste, et quelques grands pas sautillants dans la cuisine. Sans rien perdre de l’instant, je me suis vaguement étonnée moi-même de cette expression vocale toute ondulée et de mon sautillement guilleret, et je me suis dit : tiens, c’est vrai, je suis autiste… Et puis… j’ai pleuré de joie et de soulagement, parce que je n’ai pas honte. J’ai toujours eu honte. Et là, je n’ai pas honte.

Surtout, ne faites pas erreur : mon jugement est très sain. J’ai entendu mes vocalises et vu ma danse exubérante pour ce qu’elles étaient, et leur caractère vraiment inhabituel pour une femme de 46 ans. Le fait est que de drôles de vocalisations, des mouvements spontanés inhabituels du corps et des émotions complètement disproportionnées par rapport à ce qu’une autre personne pourrait ressentir ne sont pas une source de honte. Elles ne devraient jamais l’être!

Je n’ai plus besoin d’avoir honte d’être moi-même. Plus besoin de me censurer. Plus besoin d’avoir peur. Alors je pleure parce que je suis heureuse, mais aussi de soulagement pour toute cette vie à avoir eu honte. Une grosse peine qui sort en faisant du bien. C’est fini.

Je suis autiste, et j’ai le droit. Sans honte, sans peur, la tête haute.

bleuets