Autiste de caniveau

Je suis une autiste de caniveau
Une autiste de bas étage
De mauvais niveau de fonctionnement
Je suis l’oiseau qui n’existait pas
Un volatile déplumé
Qui attend qu’on l’empaille
Je suis l’objet du silence
Quand on attend la performance
Je ne souris pas
Je suis autiste de pas de niveau
J’ai pas de classe
Je suis fond de gamme
Je crie quand on m’adresse
Je grince quand on me roule
Je sacre et puis je braille
Je suis autiste et j’ai bien beau
Je suis l’autre qu’on n’achète pas
Et qui pourrit au fond de la cour
Et toi?
Et toi?

Beyond

Don’t smile
There’s no performance
required

Don’t smile
Your lips are full
And curl just so

Don’t smile
You don’t need
to mimic or plaster

Don’t smile
I can tell you’re happy
Your bliss in repose

Don’t
The conditioned response
hides you away

Feel
your lips
and beauty

This moment
We forget
and learn
everything

Your breath and mine
Our lips
curl just so

Forget
Don’t smile
or look up to my eyes
as you’ve been told

Just be
with me
with you
eager and still

Feel me
behind the mask
I will not mimic
Help me

Don’t smile
let your face go
and feel

You don’t need to know
The color of my eyes
Or to follow protocol

When we are close
your lips curl just so
I feel you close, and know you

Our souls tender
the bliss

There is no me, you
In this moment, eternal
we kiss

And you and I,
interchangeable
mesh

We are beyond

Le silence

Le silence

Ce silence.

Quand les gens ne répondent pas plutôt que d’être honnêtes.

Quand le silence est une punition.

Ce silence qui est souvent plus signifiant qu’une claque sur la gueule.

Parlez. Soyez courageux. Ce n’est pas une injonction, mais une supplication.

Les gens comme moi, qui manquent de tact, qui heurtent en voulant bien faire.

On nous ignore tout en nous jugeant.

Puis on s’empresse de décortiquer notre comportement en privé,
en se moquant bien fort;
en se plaignant des mauvaises intentions;
en nous mettant au ban.

Il ne faut pas.

Cet effort que demande un cœur juste, c’est de dire gentiment.

La bonté est intrinsèque à l’être humain. Laissez-la vous guider?

Parce que le silence, lui, ne dit qu’une chose : tu ne vaux pas la peine.

Accepter l’autisme

Il fallait que je vous dise…
Je viens de me servir du yaourt nature et de le garnir de confiture de bleuets.

J’ai goûté à l’amertume du yaourt, puis léché la cuiller qui sortait du pot de confiture, en attrapant un bleuet, comme ça. Joie!

Le goût du bleuet a éclaté sur ma langue, un goût floral, rond, paisible, léger et pair, bien mis en évidence par le contraste avec le goût du yaourt, impair et pointu sur une base crémeuse, ce bleuet magique a explosé dans ma bouche et rempli mon cœur, comme la présence soudaine d’un ami de longue date, un ami de confiance dont la compagnie me délecte, comme une fontaine de joie intérieure.

Ce plaisir et cette joie inattendus se sont traduits par un «Mmmm-uuuhm!» fort et enthousiaste, et quelques grands pas sautillants dans la cuisine. Sans rien perdre de l’instant, je me suis vaguement étonnée moi-même de cette expression vocale toute ondulée et de mon sautillement guilleret, et je me suis dit : tiens, c’est vrai, je suis autiste… Et puis… j’ai pleuré de joie et de soulagement, parce que je n’ai pas honte. J’ai toujours eu honte. Et là, je n’ai pas honte.

Surtout, ne faites pas erreur : mon jugement est très sain. J’ai entendu mes vocalises et vu ma danse exubérante pour ce qu’elles étaient, et leur caractère vraiment inhabituel pour une femme de 46 ans. Le fait est que de drôles de vocalisations, des mouvements spontanés inhabituels du corps et des émotions complètement disproportionnées par rapport à ce qu’une autre personne pourrait ressentir ne sont pas une source de honte. Elles ne devraient jamais l’être!

Je n’ai plus besoin d’avoir honte d’être moi-même. Plus besoin de me censurer. Plus besoin d’avoir peur. Alors je pleure parce que je suis heureuse, mais aussi de soulagement pour toute cette vie à avoir eu honte. Une grosse peine qui sort en faisant du bien. C’est fini.

Je suis autiste, et j’ai le droit. Sans honte, sans peur, la tête haute.

bleuets

Muggy

 

The benevolent darkness
In the shade of summer trees
After the rain
Stay alert in its depths
In this peace
Is it a leprechaun
the snatch of a root
or a small rotting corpse underfoot
Is it a glint
of sunshine through the branches
the wing of a faerie
the giggle of a mocking bird
Stay alert
In the stillness
Drip drop
The smell of moss and earth
The scurrying of little legs
The twisting of a snail’s direction
A caterpillar drops from a branch
The spider’s web inundated
Nothing happens
yet everything
is

 

 

Aimez-le

Il fait partie de cette population granuleuse
Pour qui l’existentialisme est nécessaire
Chez qui l’arrogance est un sport amateur
Et la politesse un exercice de futilité
La femme qui l’aime s’étonne de constater
l’absence d’orgueil dans sa bonté,
s’horrifie de son obsession pour l’éthique.
Et dites-moi, qui préférez-vous, l’un qui fait le bien par principe,
Ou l’autre qui le fait par amour de soi? La pente n’est-elle pas glissante?
Pas d’inclinaison ici, que des murs bien droits
Une ligne, un delta qui se referme en continu
Une effluence qui projette
Vers le néant sa flèche
Explorant le monde comme les fosses marines
Négligeables, car finies…
Il préfère le vide sidéral
Qui lui, en principe, n’a pas de mondanité.

 

J’ai cherché à comprendre toujours
cette quête, cette envie d’infini
Elle est là, incontournable
Aimez-la si vous ne pouvez m’aimer
Elle me guide et me nourrit
Je l’aime et je la fuis
Mais elle m’habite et me dessine
Je n’y peux rien, comme vous ne pouvez
Faire autrement que vous définir par l’autre
Laissez-moi compter
La fractale de l’être
L’impossible joie des ambiguïtés sémantiques
Et de l’absence de certitude
C’est ma foi, mon tout-puissant
Sans pouvoir
L’humilité du tout et de la particule
Je ne suis rien et pourtant
Je puis tout.

 

Laissez-le avancer dans sa lubie
Tenez-lui la main, nourrissez-le
Il vous guidera vers les étoiles
Et vous aurez moins faim
Sans savoir pourquoi
Et sa joie, peut-être, épanchera ce vide
Car il l’apprivoise et l’aime, pour vous, pour nous, par principe.

 

 

Et on juge et redresse ces enfants qui recherchent l’infini…