Pause

Il y a

par la fenêtre, la neige qui tombe

doucement

au-dessus, la voisine qui s’affaire

et en-dedans, trop de grabuge.

 

Mes sœurs sont affairées

 

Moi, je cogite

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Être

Quand j’étais petite, un de mes grands bonheurs était d’être.

Assise sur le plancher, j’étudiais la dynamique de mes fesses sur le bois verni, avançant avec les pieds, les mains, par à-coups, comme une chenille glissante. La température du plancher variait par endroits selon que le soleil donnait dessus ou que les tuyaux d’eau chaude passaient dessous. J’aimais sentir la chaleur bienfaisante sous mes mains.

Le bord d’un mur. La frange d’un tapis. Tout était merveille dans mon appropriation du bas du monde.

Parfois je me couchais sur le dos quand je trouvais un endroit particulièrement agréable. Je regardais le plafond en m’imaginant que c’était le sol et je me promenais là-haut en imagination, à l’envers mais plus à l’envers, debout sur le plafond. J’enjambais les dessus des portes, j’admirais ce plafonnier qui sortait du plancher comme une fleur, ou un champignon. La géométrie simple et blanche du plafond était ma nouvelle planète, et quand je redescendais de mon exploration, je voyais le vrai plancher autrement. Tout était toujours nouveau. Et je recommençais.

Adulte, j’ai appris la méditation de pleine conscience. Ou plutôt, je l’ai réapprise. Cet état d’observation détachée, d’émerveillement absolu et libre de jugement, c’est la pure vie de l’âme, la liberté de la conscience. Être. Rien de mieux.

Les mots

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Les mots, ce sont les armes de la pensée humaine, ses outils, ses ambassadeurs. À qui sait les manier, attention! Ils peuvent être dangereux. Efficaces aussi. Et guérisseurs.

À celui qui ne les manie pas dans notre société de communication, les mots peuvent manquer cruellement. Comment se défendre? Comment faire valoir ses besoins ou exprimer sa souffrance ou son bonheur? Et comment faire comprendre son intelligence?

Ceux qui les manient mal peuvent blesser. Se blesser eux-mêmes en se coinçant dans des culs-de-sac.

On oublie souvent que les mots sont puissants. La responsabilité de manier ces outils avec prudence ne doit pas être prise à la légère. Les mots viennent tout seuls sur la langue, sur la page ou sur l’écran. On peut les utiliser pour rassembler ou pour séparer. Pour adoucir ou pour détruire.

On me dira que la liberté d’expression est toute-puissante. Mais doit-on la manier sans conséquence pour autant? Doit-on faire avec les mots ce qu’on a fait avec les armes à feu aux États-Unis, un droit si unilatéral que les victimes qu’on en fait en les maniant mal ne comptent plus?

À l’opposé, ce n’est pas de censure dont je parle, mais bien d’empathie et de responsabilité individuelle.

Mon talent à moi, ce sont les mots. J’exerce ce talent chaque jour, dans mon métier, mais aussi pour écrire et traduire des textes sur les droits des personnes, la justice sociale et la beauté de la bonté.

Il paraît que je suis autiste. Soit. Je suis aussi blanche, amie des animaux et avide de randonnée. J’ai les yeux verts. J’aime le chocolat.

Mais je m’égare. Je parlais des mots.

Je publie peu de textes d’opinion comme celui-ci. Vous savez pourquoi? Quand je publie, je reçois peu de commentaires. Jamais de critique ne me parvient. Bref, j’ai la nette impression que je suis une grande gueule qui dérange et qui vise mal, et que l’embarras des lecteurs les rend discrets.

Les mots sont mon talent, mais le défi, voyez-vous, c’est que j’arrive mal à exprimer ce que je ressens.

Alors je m’en tiens aux textes de sensibilisation, aux résumés des connaissances que j’ai glanées au cours de mes lectures.

J’aimerais posséder la magie littéraire d’un Paulo Coelho ou d’un Umberto Eco, le pouvoir de persuasion du dalaï-lama ou de Maya Angelou. Mais voilà, je ne suis qu’une grande gueule.

On parle beaucoup, dans les médias et les blogues, des traits qui posent difficulté à ces autistes qui parlent, les Asperger. On parle aussi de leurs talents. Mais on parle peu de ce qui dérange. Parce que nous dérangeons. Mon amie Dominique a écrit un texte poignant à ce sujet.

Voilà. Le mot est dit. Nous dérangeons. Vous croyez qu’on fait exprès d’avoir une expression du visage qui ne correspond pas à nos sentiments? Vous croyez qu’on est contents quand on se rend compte qu’on parle trop à propos de nos propres connaissances et expériences, quand le regard de notre interlocuteur change et s’éteint? Vous croyez que c’est agréable de se faire assassiner verbalement parce qu’on n’a pas su donner à un proche le retour émotionnel qu’il exigeait?

Tant de fois, je me suis tue. Quand on m’utilise parce que je suis bonne confidente, que je ne juge pas, et qu’on oublie de me demander si ça va. Tant de fois je suis témoin de l’ego démesuré ou de la cruauté, et je me tais. Puis je me tais pour ne pas faire la même chose. Parce que chaque mot a un potentiel énorme, chaque erreur de communication des répercussions que je ne perçois pas toujours.

J’ai souvent écrit, au cours de ma vie avant de me savoir autiste, sur la difficulté d’écrire. Maintenant je comprends pourquoi.

Je suis comme une collectionneuse d’armes qui admire avec amour sa collection, mais qui ne manie qu’avec réticence ses belles pièces, et habituellement seule, pour ne pas risquer de blesser autrui.

Et voici que la bataille est nécessaire, sur ce terrain douteux et toujours mouvant de l’opinion publique, pour faire connaître l’autisme, ce don et cette collection de difficultés, pour que les gens comprennent, ah mes aïeux, que les gens comprennent!

Nous sommes tous les mêmes.

Ça va aller

If your mental attitude is positive, even when threats abound, you won’t lose your inner peace. On the other hand, if your mind is negative, marked by fear, suspicion and feelings of helplessness, even among your best friends, in a pleasant atmosphere and comfortable surroundings, you won’t be happy.
– Dalai Lama

À mes amis aspies, autistes et autres anxieux,

Ça va aller.

Oui, je sais, c’est plus facile à dire qu’à faire. La rentrée nous assomme avec ses crises économiques et ses mesures d’austérité, ses crises environnementales et autres drames planétaires. Est-ce juste moi ou les médias nous injectent de l’anxiété exprès à la rentrée? Parce que, en juillet dernier, les choses étaient aussi dramatiques. Mais on était en été, alors ça allait.
Ça va aller.

Même si ça en a pas l’air. C’est ce qu’il faut se dire. Pas pour rêver en couleurs, mais parce que c’est vrai.

Après tout, tu as un toit sur ta tête et de quoi manger, pas vrai? Un ordinateur pour te distraire. Des gens qui t’aiment – même si tu n’es pas d’accord. Tiens, d’ailleurs, moi, je t’aime. Ça va aller.

À ceux qui te disent le contraire, y compris la télé, les gens qui t’entourent et ta voix intérieure, souris. Mange un bol de froot loops. Fais ce qu’il faut. Parce que, que tu le veuilles ou non, que tu le saches ou non, ça va aller.

 

 

Why I like to sleep on the couch

Since a few months now, I have this terrible habit of falling asleep on the couch.

Half the time, the oversize cushions hurt my neck and the gaps between the seat cushions mean I get a bit of a kink in my hip.

I wake up too early and I sometimes haven’t brushed my teeth, because I fell asleep right after my after-dinner tea.

I might get a bit of acid reflux, because I tend to fall asleep too soon after eating.

Double ew.

But you see, that’s all right.

I’m in a hurry to lay back after dinner with my favorite wool throw wrapped around me because I like sleeping on the couch.

I fall asleep without having to go through the process of bedtime routines.

I don’t have to turn off the switch.

I just keep on thinking, the mind is free to turn off consciousness of its own accord, and awaken it when ready again.

Now this might seem strange, as many people might say they like not thinking.

But for me, not thinking means losing my grip on the world. It’s how I function. Even when I’m feeling the greatest joy, I think to myself, isn’t this wonderful? Senses, understanding and hormones exploding in a bouquet of twinkling neuronal fireworks! How peculiar and beautiful! And the joy is only deeper and more meaningful.

When I’m angry or sad, thinking lets me grasp why I feel this way and accept it, and perhaps try to make it better if I can. And if I stop thinking properly, it can get worse.

But back to the couch.

I also like sleeping on the couch for the way I wake up.

The sun rises on that side of the house. So I wake up to the rays of the sun, which is beautiful.

It’s also the street side of the house, and I live in the city, but in a wonderfully quiet neighborhood where people start the noises of the day discreetly and respectfully, and this stirring of life that’s mingled with the chirping of birds at dawn is a contact with life and my fellow humans that I love to make.

And so I start the day cheerfully, and thinking, and before my mind can truly focus, while the discomfort of the couch pushes me up on my feet, I come up with my best writing ideas. Insights. Growth.

So, bedtime routines. Who needs them? I love sleeping on the couch. It’s peaceful. It’s my own. There is no altar of routine that is the bed, just me and my thoughts. We get along.