Autisme, discrimination: faire progresser la société

Cette semaine, l’AGIDD-SMQ décernait un prix au Dr Richard Le Blanc pour le féliciter de la bataille qu’il a menée devant les tribunaux pour obtenir justice dans un cas de discrimination au travail.

Richard Le Blanc est autiste. Ses compétences professionnelles sont hors norme. C’est sa façon de communiquer et d’interagir avec ses collègues, brusque et abrasive, qui est à la source de la discrimination qu’il a vécue.

J’admire cet homme d’avoir persévéré dans son parcours et d’avoir obtenu gain de cause.

Surtout, comme en témoigne le prix de reconnaissance qu’il a reçu, sa victoire juridique envoie un message clair à la société: les aptitudes sociales ne doivent pas être une source de discrimination quand la personne a un handicap en ce sens.

C’est important, ce message.

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Nouvelles du Québec – on avance

Deux beaux points de presse cette semaine, un article, et une expédition. On avance!

Reconnaissance

La Fédération québécoise de l’autisme octroyait le 28 mai ses prix de reconnaissance, dont la plupart ont été décernés à des personnes autistes.

Dans son approche, la Fédération est respectueuse et humaniste. Ça fait chaud au cœur de savoir que cet organisme, qui chapeaute les associations régionales, agit pour nous avec respect et toute la dignité qu’on attend de la part d’une telle organisation.
Merci, la Fédé.

Voici le lien pour en savoir plus: http://www.autisme.qc.ca/nos-actions/nos-communiques/2016/laureats-2016.html

Bravo à Stephan Blackburn, qui a été honoré en grand, aux sympathiques créateurs de «Matéo et la suite du monde» (www.entractes.com) et à Kenza Deschênes-Kherchi, fondatrice du projet de conférences Femmes Asperger, dont je fais partie, et qui a reçu un prix Coup de chapeau pour cette initiative. Fierté! Merci Kenza d’avoir entrepris de nous rassembler pour cette mission. (www.FemmesAsperger.com)

Ovation

Dr. Richard Le Blanc, hématologue, avait été écarté de ses fonctions au Centre hospitalier de l’université de Sherbrooke (CHUS) en raison de ses aptitudes de communication –il est Asperger. Malgré ses compétences professionnelles impeccables, il a dû mener une longue et sérieuse bataille devant les tribunaux pour rectifier la situation. Il a eu gain de cause.

L’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ) lui a décerné le 25 mai dernier le prix Orange pour le respect des droits en santé mentale, une reconnaissance bien méritée. Chapeau!

Plus d’info: http://www.agidd.org/respect-des-droits-en-sante-mentale-prix-orange-pour-le-dr-richard-le-blanc-prix-citron-pour-le-centre-jeunesse-de-la-monteregie/

On en parle

Le 19 mai dernier, L’Actualité publiait un reportage intitulé «Ce que veulent les autistes», qui abordait avec intégrité le sujet de la neurodiversité, après des recherches assidues et des entrevues avec des personnes autistes engagées dans la reconnaissance de nos droits. Le journaliste responsable, Yanick Villedieu, a publié aujourd’hui sur le site de la revue un article qui y fait suite.

Le voici: http://www.lactualite.com/societe/repenser-lautisme/

Alors tout ça, c’est loin de la réalité quotidienne. On parle de prix, de médias, de la perception du public. Mais aussi… la perception du public change les attitudes! Aller à l’encontre de la discrimination et avancer, c’est aussi ça. Changer de direction, en tant que société, pour favoriser l’inclusion et le respect de tous, ça se fait un coup de rame à la fois.

Expé-amis

Parlant de rames – ou de pagaie! – Christian Morneault a amorcé depuis quelque temps son deuxième périple en kayak sur le Saint-Laurent. C’est une grande expédition, de Trois-Pistoles à Montréal, aller-retour! Pour Christian, c’est une façon de se faire des amis et de faire avancer la cause de l’autisme.

Christian arrivera à Montréal vers le 10 juin, la date variant selon la météo et son rythme. Son départ pour la deuxième moitié du parcours aura lieu le 12 juin à 9h30, au parc Bellerive, à Montréal.

Pour les nouvelles: https://www.facebook.com/groups/1573635466291006/

Et pour suivre sa progression: http://www.kayakdemer.net/destinations/carte_infokayak_track.php?tid=100

Go Christian!

 

Forum québécois sur l’autisme – Un écho

Le Forum québécois sur l’autisme (officiellement «Forum québécois sur le trouble du spectre de l’autisme») a eu lieu les 11 et 12 février derniers. Il réunissait des acteurs de tous les domaines de la santé et des services sociaux, de l’éducation et du grand public, ainsi que des autistes adultes et des parents d’autistes.

La mission du Forum était d’établir les voies d’action à favoriser dans le secteur public selon diverses priorités. C’était un processus qui suivait le modèle du groupe de travail. Plusieurs ateliers, des votes et des interventions du public (professionnel et non-professionnel) ont permis de produire une discussion riche de contenu et d’apprentissages pour tous.

Il n’y a pas de mauvaise publicité. Si on parle de l’autisme, les priorités ressortent. Si on discute de façon sensée de l’autisme, on brise l’ignorance, on fait valoir les besoins de tous et on fait avancer la machine. Et quand on parle avec sérieux et dévouement de l’importance des autistes, on ne peut pas se tromper.

En ce sens, les réactions au Forum de l’autisme m’étonnent. «Pas assez d’argent!» crie-t-on de part et d’autre. Et c’est certain, les mesures d’austérité nuisent à toutes les difficultés sociales qui ont besoin de soutien.

Mais si on s’éloignait un peu de nos problèmes budgétaires pour regarder ce qui est arrivé au cours des deux journées du forum?

On a fait le point : sur ce qui est nécessaire d’adopter comme mesures de soutien aux personnes autistes et à ceux qui les aident, oui, mais aussi sur les façons d’aborder l’autisme. Une quantité d’information phénoménale est passée à l’histoire au cours de ces deux journées.

D’abord, on a pu constater un changement radical dans l’approche de l’autisme en tant que phénomène humain. Personne n’a parlé de «guérison» ni de «traitement», ou si peu. Les rares participants qui parlaient encore de «gestion de cas» étaient dépassés, et de loin, par la majorité, qui parlait en terme de «soutien», de «répondre aux besoins» et d’«autodétermination». À lui seul, ce changement de paradigme public, manifeste et consigné, valait la peine que ce forum ait lieu.

Certes, on parle encore de «personnes ayant un TSA», expression qui semble avoir été la terminologie imposée aux participants du Forum. On désigne encore, ce faisant, l’autiste comme étant «autre», comme étant «porteur» d’un trouble. Comme étant l’autre qu’on doit prendre en main et gérer comme un problème budgétaire, justement.*

Le fait est que ce Forum n’avait pas pour objectif de régler les problèmes budgétaires et administratifs de la province. Son objectif était de déterminer où on s’en va avec l’autisme dans le cadre de la santé et des services sociaux. À mon sens, le Forum a rempli son rôle.

S’annonçant à court d’argent, la province ne pourra probablement pas poser une grande quantité d’actions coûteuses pour mettre en œuvre les priorités soulignées par le Forum. Cependant, on sait mieux où les maigres fonds sont utiles. C’est déjà bien.

Mieux encore, le Forum a permis de faire le point sur ce qui est important dans tous les domaines: répondre aux besoins individuels. Ça peut sembler évident, mais ça ne l’est pas.

Jusqu’à présent, les enfants et les adultes autistes étaient pris en charge comme des «cas» uniformes, avec une approche uniforme et lourde du côté administratif. Là, on change de regard: chaque personne est différente, et l’important, c’est de l’aider. La priorité change: au lieu de parler principalement de définir et de mesurer la personne, on valorise de l’aider dans ses besoins spécifiques. J’ai cru percevoir qu’on a un peu mis de côté, à toutes fins pratiques, la vache sacrée de la course au diagnostic, pour parler plutôt des besoins individuels. En guise de fermeture, l’animatrice a d’ailleurs souligné que le concept de «diversification» marquait un fil commun à tous les choix valorisés au cours du Forum.

Autre aspect qui est ressorti à tous les niveaux, c’est l’importance de répandre et de diffuser dans tous les domaines l’information pertinente et à jour au sujet de l’autisme et des autistes, tant à partir de la recherche médicale que sociologique auprès des autistes eux-mêmes. On a parlé de fournir aux parents l’information qui leur permettrait de se rassurer et de soutenir leur enfant. On a insisté sur l’importance du transfert d’information à jour vers tous les professionnels de la santé. On a souligné le besoin d’une meilleure formation des intervenants de l’apprentissage et de la thérapie, et du retour d’information de la part des parents, des CPE et des adultes autistes. Bref, éduquer, éduquer, éduquer. Et vous savez quoi? Ça ne coûte pas cher si on s’y met tous et que cette priorité est mise de l’avant.

Un autre thème qui a été souligné et qui mérite d’être repris car non abordé au sein des priorités officielles, c’est le besoin de tolérance, de respect et de valorisation des personnes autistes. Le Dr. Mottron en a fait état pour ce qui est des enfants et des adultes – en recommandant sans équivoque l’insertion dans le cursus régulier des enfants autistes, en les protégeant de leurs pairs, à partir du CPE, pour une socialisation précoce. Les commentateurs, autistes et autres, ont parlé avec justesse de l’intimidation comme étant une problématique fondamentale, ainsi que de terminologie: «trouble», «spectre» comme étant sources de malentendus et de discrimination, et «autiste» comme étant l’appellation juste et désirée.

Que pouvons-nous tirer comme leçon de ce dernier point? Bien sûr, quand on traite des personnes comme étant défectueuses et qu’on les met de côté, on nuit à leur développement, à leur estime de soi et à leur capacité d’intégration dans la société. Et quand on accepte, qu’on soutient et qu’on protège, qu’on encourage au lieu de punir, qu’on éduque au lieu de tenter de forcer un comportement, qu’on offre de la compassion et de l’aide dans les situations de détresse au lieu d’imposer des mesures coercitives, bref quand on ouvre son esprit et qu’on traite les enfants et les adultes avec amour, tout est possible.

Et le plus beau dans tout ça? Ce changement d’approche, il ne coûte rien.

Pour finir, un scénario: Imaginez un instant que l’autisme n’est ni honteux, ni tragique. Un parent qui, sensibilisé de façon à percevoir l’autisme comme étant un trait humain respectable et correct, observe son tout-petit et se dit qu’il est peut-être autiste. Ce parent visite son CLSC pour consulter. On lui donne un rendez-vous pour une évaluation éventuelle des besoins d’intervention, et *en attendant*, vu qu’on fait confiance au jugement du parent, on lui passe une trousse d’information, on l’invite à rencontrer une travailleuse sociale experte en autisme et en petite enfance, qui donne au parent des bases pour gérer la situation, pour adapter son approche envers son enfant et pour se sentir, non pas traumatisé, inquiet et dépourvu de moyens, mais rassuré, en confiance et prêt à la situation. Et si l’enfant n’est pas autiste? Pas de problème. L’information qu’on peut transmettre aux parents d’enfants autistes est utile pour une approche respectueuse des besoins de l’enfant, peu importe sa neurologie. Et si l’enfant a des difficultés physiques ou d’apprentissage, le parcours de soutien est déjà entamé.

Si nos professionnels de la santé et des services sociaux sont prêts à changer leur approche de l’autisme et des enfants autistes, les parents seront moins inquiets. Si les parents sont moins inquiets, ils seront plus doux, tolérants et ouverts d’esprit envers leur enfant. Si leur enfant se sent en confiance, soutenu et respecté dans son milieu familial, il s’épanouira mieux. Parole d’autiste.

Sans miser sur le diagnostic comme seule condition au bien-être de l’enfant, cette approche permettrait de diminuer les craintes et de miser moins sur la théorie et la prise en charge thérapeutique comme étant une solution unique et sans alternative. En permettant aux parents de relativiser leurs inquiétudes, on valorise aussi les capacités de la famille à prendre en charge sa destinée et celle de l’enfant. Les défis demeurent; mais avec la confiance et la mise à disposition des familles de l’information utile, on peut avancer à grands pas. C’est une vision bien personnelle mais qui, je le crois, est réaliste.

Revenons à nos moutons: le Forum, à mon sens, a été utile et bénéfique pour faire avancer la cause de l’autisme et des autistes au Québec. Ses grandes conclusions: un appel à l’adaptation des efforts, des services et du soutien selon les besoins des individus; le transfert d’information vers les parents et les professionnels de tous les milieux; l’importance de financer et surtout de bien organiser les services de soutien et de répit; la diversification de la recherche.

L’argent manque actuellement. La bonne volonté, elle, est sans prix. Chapeau à tous.

 


 

* Un aparté:

Qu’est-ce que l’autisme? Selon toutes les définitions, il s’agit d’une divergence neurologique permanente, hautement variable, identifiable par des différences dans les processus cognitifs et la perception sensorielle, ainsi que dans divers processus du système nerveux. C’est donc une manière différente d’apprendre et de penser, de ressentir et de réagir.

L’autisme est parfois accompagné de capacités hors normes et souvent de troubles plus ou moins complexes. Parmi ceux-ci, citons par exemple la dyspraxie, qui peut affecter la parole et les capacités d’apprentissage moteur. C’est souvent la dyspraxie qui est à l’origine d’une recherche de diagnostic par les parents et les médecins.

L’autisme n’est pas un trouble psychologique et n’occasionne pas une différence marquée de capacité intellectuelle. C’est simplement une façon exceptionnelle d’interagir avec le monde, et qui est parfois accompagnée de difficultés physiques ou d’apprentissage.

Avez-vous honte de dire «autiste»?

Aujourd’hui, dans ma boîte de réception, un courriel. C’est une boîte de ressources humaines qui cible la main-d’œuvre autiste. On me demande de parler de l’entreprise sur mon site Web, pour l’aider à gagner de la visibilité.

Super! que je me dis. Et je vais voir leur site.

Il y a plein de fautes. Ça ne fait pas sérieux. Mais bon, j’ai vu pire.

Ensuite, le site de l’entreprise parle de l’avantage concurrentiel d’engager… des personnes atteintes d’un TSA [sic].

S’cusez, mais si j’étais chef d’entreprise, je n’aurais pas envie d’engager quelqu’un qui est atteint de quoi que ce soit. Sérieusement! L’expression «atteint de» est réservée aux malades pour parler de leurs maladies. Et il faut le dire, même le plus humaniste des employeurs ne va pas d’emblée engager une personne malade pour l’avantage compétitif que l’employé peut lui donner. Ce n’est pas gagnant-gagnant, disons.

Je me doute qu’on emploie cette formulation, même si c’est inconsciemment, pour en appeler à la pitié. Mais on sait ce que ça donne, d’engager les gens par pitié: la condescendance qui va avec, les attentes de développement professionnel éliminées, l’attitude «À cette heure que je t’ai engagé.e, je te mets dans un coin et je t’oublie».

La boîte dit favoriser le respect et l’inclusion, et parle de son «expertise dans le domaine de l’autisme»… Je veux bien, mais alors, pourquoi dire en parlant de ces employés potentiels «personnes atteintes d’un TSA [sic]»? Cette supposée expertise (dont les origines ne sont pas précisées, d’ailleurs) devrait les informer… une personne qui a un TSA, c’est une personne autiste. Le respect véritable et la valorisation sociale des autistes appellent à ce qu’on les nomme par leur nom, sans honte et sans détours suspects.

Non, «autiste» n’est pas un gros mot. Alors pourquoi le traiter comme tel, pourquoi avoir honte de le dire?

Étrangement, ces diplômées de la maîtrise en sciences de la gestion ont oublié un précepte pourtant universel dans le monde de l’entreprise privée: quand on essaie de vendre quelque chose, il faut croire au produit. Malheureusement, le message qui se dégage ici est qu’on essaie de fourguer un produit défectueux aux employeurs potentiels.

Il est vrai que les autistes ont souvent des qualités professionnelles exceptionnelles.

Sauf que si on essaie de les présenter comme étant des personnes atteintes [sic] (atteintes de quoi, au juste, de différence?), on se tire dans le pied.

Il faut se décider: on valorise les autistes en tant que personnes à part entière. Ça veut dire adieu la pitié, bonjour les accommodements et la gestion adaptée, et bonjour les qualités de loyauté, de dévouement, de concentration et de persévérance, d’aptitude technique et de capacités d’analyse.

Mais rester à cheval, et parler de respecter et de valoriser la différence, quand on continue à désigner du même souffle les personnes différentes comme étant défectueuse ou malades, c’est un message contradictoire qui renforce la discrimination.

C’est une réalité: les autistes ont besoin de conditions de travail qui correspondent à leurs particularités. En ce sens, l’autisme peut être considéré comme étant un handicap. Par contre, désigner de façon répétée les personnes autistes comme étant «atteintes» ne sert pas à normaliser cet état de choses, bien au contraire. Pourquoi ne pas dire «autiste»? Ce n’est pas un gros mot, et son usage ne devrait pas être honteux.

Bonne chance quand même à l’entreprise. Mais je me dis qu’elle devrait commencer par engager un ou une autiste qui a une expertise en communication et en marketing!

Le 9 octobre : Épilogue

La boîte en question a remanié le texte de son site Web après avoir reçu des commentaires à ce sujet, y compris le mien (sous la forme d’un courriel disons, plus diplomatique que ce texte). Bravo pour l’écoute. Bravo surtout à notre communauté qui intervient pour les droits et le respect des personnes!

J’en profite pour vous recommander le guide terminologique Raconter l’autisme autrement, publié en collaboration avec Aut’Créatifs l’hiver dernier :
Raconter l’autisme autrement (PDF)

C’est un bon outil pour éviter les erreurs de rédaction et favoriser un vocabulaire inclusif et respectueux des personnes.

Depuis que je me sais autiste, tout a changé…

Depuis que je me sais autiste, tout a changé…

Ce sentiment, les personnes diagnostiquées adultes le reconnaîtront sans doute. Toute notre vie est sujette à réinterprétation. C’est vertigineux! Il y a des moments de soulagement, d’autres très difficiles. Tout ça ne doit pas être sous-estimé. C’est un grand changement de vie, qui doit être pris au sérieux. Se ménager et s’adapter, se pardonner quand ça ne va pas assez vite. Prendre le temps de comprendre. De se comprendre, pour mieux gérer et être bien, petit à petit.

Ce qui pour moi a été le plus bénéfique à cette découverte, c’est son effet sur mes relations.

Avant, j’acceptais beaucoup venant des autres pour me faire aimer, pour aimer. Je ne comprenais pas pourquoi mes efforts échouaient, alors quand je percevais de l’intérêt d’une autre personne qui me plaisait, je faisais tout pour me faire accepter. C’était parfois au prix de mon bien-être psychique. J’ai été manipulée, utilisée…

Depuis que je me sais autiste, je comprends mieux ce qui peut créer des interférences dans les relations sociales. Je vois mieux ce qui va bien, ce qui cloche. Je n’avance plus à tâtons. Les malentendus apparaissent pour ce qu’ils sont. Pas plus clairs souvent, mais au moins perceptibles. Disons que le spectre de la culpabilité en a pris pour son rhume. Ce n’est pas moi le problème, ou en tout cas, que partiellement. Le problème, c’est la nature humaine 😉

Puis, voyant plus clair, j’ai décidé que je me respectais et que je n’en accepterais pas moins venant des autres personnes dans ma vie. J’ai réévalué. Les amitiés, les relations familiales et amoureuses, tout y a passé. Quels sont mes besoins? Cette personne me respecte-t-elle? Suis-je juste avec telle autre? Ceci ou cela est-il sain ou cette personne vise-t-elle seulement son propre intérêt? Bref, j’ai tenté de trier et de faire volontairement mes choix relationnels en privilégiant les personnes saines.

Un travail dur, mais qui me semblait essentiel. J’ai dû faire le deuil de quelques relations, y compris avec certains membres de ma famille. Certaines autres, qui me paraissaient légères, se sont approfondies, avec le temps et la patience. Et puis, oh joie! quelques réelles amitiés se sont solidifiées. Et parmi ces amis, un homme que j’admirais pour son intellect et son talent, dont les valeurs ressemblaient aux miennes, avec qui il y avait une belle harmonie… nous sommes devenus amoureux. Pas tombés, devenus 🙂

Je vous parle de tout ça parce que bien sûr, nous parlons de nos difficultés et c’est un baume que de pouvoir les partager et nous soutenir. Mais il y a aussi de beaux moments dans nos parcours.

En chinois, le mot « crise » signifie à la fois « danger » et « opportunité ».

Jamais je n’avais si bien compris ce recoupement avant cette année.

La vie autiste : idéal et réalité

Il y a une réalisation qui peut être un peu décourageante quand on est autiste et qu’on commence à fréquenter d’autres autistes : au début, on s’imagine que tout va être parfait et que tout le monde sera comme nous.

Puis, on réalise peu à peu que cette approche est un idéal… et on peut être déçu.

En effet, nous sommes tous différents, et il peut y avoir des tensions et des obstacles entre nous. Parfois on rencontre des gens qu’on n’aime pas ou qui ne nous aiment pas. Et puis les sensibilités neurologiques, les capacités de communication et les personnalités sont différentes d’une personne à l’autre, et tout ça peut créer des conflits et des incompatibilités. Comme dans n’importe quel groupe humain.

En fait, les problèmes possibles entre nous peuvent être nombreux, même s’ils ne sont pas toujours les mêmes qu’avec des non-autistes.

Par exemple, certains autistes ont une ouïe hypersensible, alors que d’autres ne contrôlent pas le volume de leur voix et peuvent parler ou rire très fort sans s’en rendre compte. Ou encore, certains autistes aiment le contact physique et donnent des câlins à tout le monde, alors que de nombreux autres n’aiment pas se faire toucher. Et puis la plupart des autistes disent ce qu’ils pensent, mais nous avons des personnalités bien différentes, et parfois ce qui semble correct à l’un peut blesser quelqu’un d’autre. Et ainsi de suite…

La différence quand nous sommes entre nous je crois, c’est qu’on peut mieux comprendre ce qui se passe, mieux communiquer et mieux se respecter que dans un monde non autiste où on perd ses repères. La communication franche permet ça, aussi.

En bref, les adaptations et les inconforts sont des éléments incontournables de la vie sociale, même entre autistes.

Je vous partage un article de Jim Sinclair sur le sujet, que j’espère pouvoir traduire bientôt. En attendant, voici le lien vers la version intégrale en anglais. C’est long, c’est riche et c’est intéressant. Bonne lecture!

Being Autistic Together

http://dsq-sds.org/article/view/1075/1248

La mauvaise habitude

« C’est vrai, nous regardons rarement les gens dans les yeux. […]
Et qu’est ce que je regarde exactement ? Vous croyez peut-être que dans ces moments-là nous regardons par terre, ou les objets autour de nous. Mais non, vous vous trompez.
Ce que nous ‘regardons’, c’est la voix qui nous parle.
Les voix ne sont peut-être pas visibles, mais un autiste essaie d’écouter son interlocuteur avec tous ses organes sensoriels. Quand on est complètement concentré pour tenter de comprendre ce que l’autre peut bien être en train de dire, notre sens de la vue ‘décroche’. »

─Naoki Higashida
Sais-tu pourquoi je saute ? : La voix intérieure d’un autiste de 13 ans

«REGARDE-MOI QUAND JE TE PARLE!»
Le cri m’a figée. Au garde-à-vous, je regarde avec mes yeux. Obéissante.
Répétez cette technique jusqu’à ce que l’enfant, par la peur et la menace, obéisse… non!

Maintenant que je suis adulte, j’ai la mauvaise habitude de regarder les gens dans les yeux trop souvent pendant les conversations.

Mais ça me demande tellement d’énergie que je ne suis pas vraiment présente pour l’échange et la communication.

Alors je tente de briser cette habitude. J’essaie de garder à l’esprit que pour avoir toutes mes facultés cognitives et une bonne communication, j’ai intérêt à regarder ailleurs quand je discute.

Vous vous dites peut-être : ah, elle exagère! Mais non. Depuis quelques mois, je fais cet effort de détourner mon regard pour favoriser la communication. Et la différence dans ma capacité de réfléchir et de communiquer correctement ce que tente d’exprimer est très marquée. J’arrive à rester concentrée sur le sujet, à émettre des paroles sensées et réfléchies, à apprécier et à vraiment comprendre ce qu’une autre personne me dit. C’est merveilleux! Et ça me confirme que le regard n’est pas obligatoire pour la communication : au contraire, parfois, le regard est un obstacle qui crée des interférences sensorielles et sociales.

Aujourd’hui, dans une publication sur un groupe Internet, on demandait aux membres autistes quelle était la mauvaise habitude qu’ils tentaient de ne pas avoir en public. Et c’est comme ça que ça m’est venu. Pour moi, regarder les gens dans les yeux est une mauvaise habitude. Alors je l’évite quand j’y pense, et je me contente d’une toute petite dose pour communiquer mon intérêt et m’assurer que l’autre est là aussi.

Penser à côté des normes pour optimiser, c’est aussi ça, la fierté autiste!

18 juin, journée de la fierté autiste

Le 18 juin approche.

C’est la journée de la fierté autiste.

Coïncidence heureuse, c’est aussi l’anniversaire de ma confirmation en tant qu’autiste.

En effet, le 18 juin 2014, je recevais l’information officiellement de la part d’une psychologue spécialisée, par voie de diagnostic. Le choc était fort! Toute ma vie était à réinterpréter, avec toute une série de mystères de longue date enfin expliqués objectivement.

Même si je m’y attendais, cette confirmation me donnait surtout la certitude que mon parcours de connaissance de moi était le bon. C’était une validation de mes questionnements. Elle me donnait aussi une base morale pour faire de la représentation pour les droits et le bien-être des autistes d’un point de vue bien fondé.

Une année plus tard, qu’est-ce qui m’inspire de la fierté?

D’abord, le sentiment de communauté. Les amitiés qui m’entourent. De constater le bien-être que ces amitiés nous apportent, tant par les discussions et les rencontres que par le partage d’information et d’expériences, en personne et en ligne. Ce sentiment de communauté et de solidarité que de nombreux autistes expriment en cette journée de fierté, je le partage, il est précieux!

La fierté, c’est surtout un sentiment d’appartenance. De savoir que nous sommes, ensemble, capables d’affirmation, de déclarer que nous sommes présents, sans nous cacher ni plier sous le poids des préjugés.

Le chemin à faire est encore long pour contrer la discrimination et garantir que tous obtiennent le respect de leurs droits dans nos sociétés. C’est vrai pour tous les groupes marginalisés.

Mais nous voici. Nos voix se font entendre, nous sommes debout, ensemble, à nous soutenir, à nous respecter, à nous affirmer, à rire aussi, à être bien… et à faire avancer les choses.

Ensemble.

Et ça, c’est fièrant.

Avec quelques amis autistes, après une conférence, le 11 avril dernier. Une ambiance de fête!

Avec quelques amis autistes, après une conférence, le 11 avril dernier. Une ambiance de fête!